Exorciste malgré lui

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Photo: Alliance En dépit de faiblesses narratives, cet exorcisme-là se révèle épeurant en diable.

Les États-Unis comptent leur lot de pasteurs hauts en couleur. Usant d'un charisme conquérant, ces hommes d'Église manient la Bible comme une arme de poing et parviennent à garder captives des congrégations béates. À Bâton Rouge, Cotton Marcus (admirez le nom) est l'un de ces «preachers». Prodiguant la sainte parole avec succès depuis l'enfance, notre homme confie pourtant à la caméra tous les trucs d'un métier où règnent faux-semblants et suggestion.

Pourquoi un tel suicide professionnel? Parce que, apprend-on, le Vatican entend revaloriser la pratique de l'exorcisme, un rituel où certaines victimes qu'on présumait possédées ont déjà trouvé la mort. Pour Marcus, qui ne cache ni son cynisme ni les limites de sa foi, il apparaît impératif d'exposer ce qu'il estime être une dangereuse imposture. Direction: un bled perdu où, en compagnie de documentaristes enthousiastes, l'exorciste endimanché verra son pragmatisme mis à rude épreuve.

Disons-le tout de suite, The Last Exorcism, rejeton assumé de la famille des Blair Witch Project et autres Rec, livre la marchandise rayon sursauts et frissons. Et manifestement, les scénaristes ont vu The Exorcist, Angel Heart et Rosemary's Baby, récits sataniques par excellence dont le long métrage de Daniel Stamm convoque certains éléments et motifs choisis. Ici, on reconnaît le prêtre qui doute, là, ce Sud inhospitalier et superstitieux, ainsi de suite. Loin de l'affaiblir, ces influences nourrissent le scénario et lui confèrent un surcroît d'intérêt quand l'intrigue tend à piétiner ou que surviennent des coïncidences un peu trop commodes.

Ce sont véritablement les choix de mise en scène qui font en sorte que le film fonctionne. Par exemple, en prenant bien le temps (ça existe encore) de présenter un personnage central très crédible, très «réel», Stamm facilite l'entrée du spectateur dans la fiction. Loin de se complaire dans l'horreur montrée, le réalisateur opte davantage pour celle cultivée hors champ. Très habile à forger une atmosphère angoissante tout en maniant avec flair un faux naturalisme d'usage pour ce type de productions, Stamm maintient à un minimum le recours aux effets horrifiques. Ceux-ci n'en paraissent que plus convaincants.

Au final, et c'est ce qui distingue ce film-ci des dizaines d'ersatz du classique de William Friedkin, The Last Exorcism ne table pas tant sur la peur millénaire du Malin que sur celle, plus actuelle, du fanatisme religieux tous azimuts... et de la droite chrétienne en particulier. Bref, en dépit de faiblesses narratives, cet exorcisme-là se révèle épeurant en diable.

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