Le Devoir à Cannes - Spleen cannois

Le cinéaste américain Lodge Kerrigan et les acteurs français Géraldine Pailhas et Pascal Greggory, vedettes du film Rebbeca H.
Photo: Agence France-Presse (photo) VALERY HACHE Le cinéaste américain Lodge Kerrigan et les acteurs français Géraldine Pailhas et Pascal Greggory, vedettes du film Rebbeca H.

Petit cru du jour sans œuvres très inspirées. Cannes s'achemine vers sa fin de rendez-vous. Les huées se mettent à fuser après les projections, les bâillements deviennent monnaie courante pendant les films. Ce n'est pas une grande année cannoise et le moral des festivaliers s'en ressent. On s'installerait bien sur un yacht, mais il y a encore une petite brise...

Du New-Yorkais Lodge Kerrigan, cinéaste de Clean, Shaven et de Keane, on attendait beaucoup. Or voici que son film en français Rebbeca H. (Return to the Dogs), présenté hier à Un certain regard, irrite par son maniérisme et par un propos vaseux et nébuleux. Essai sur le cinéma, l'art d'interprétation, à travers le profil mouvant de l'actrice Géraldine Pailhas (Le Garçu de Pialat, Peut-être de Klapisch, etc.) Le cinéaste la montre sur le plateau, en interview et à l'écran, gravissant les marches à Cannes. Elle deviendra Grace Slick, qui fut icône du rock et chanteuse au sein des Jefferson Airplane, ici proie d'un fan, si j'ai bien compris, avec Pascal Greggory comme faire-valoir. Sautant du jeu au réel en une mise en abyme, le film suit en gros plans Géraldine Pailhas sans chercher à montrer qui de l'actrice ou du rôle marche devant nous dans ces rues bondées dont son visage ou sa nuque émergent. Le film flotte entre trois eaux, lance des réflexions sur le septième art, montre les rouages d'un tournage, les répétitions d'une même scène, recueille les souvenirs de l'actrice qui crie son admiration pour Pialat. Le procédé n'est pas neuf. Kerrigan ne cherche pas à décapsuler ses poupées gigognes et le procédé tourne à vide, multipliant les plans songés. Probablement inspiré par les derniers Godard ou par une certaine idée du cinéma français post-moderne, vu par un Américain qui fait beaucoup mieux dans sa cour.

-En compétition, le film de l'Italien Daniele Luchetti La Nostra Vita n'a pas révolutionné le Palais non plus, mais pour des raisons totalement inverses. Pas d'énigmes de mise en scène. Tout est dit. Le cinéma italien est très souvent axé autour de la famille et le rapport aux enfants, ici avec happy end et grandes embrassades finales. Daniele Luchetti avait déjà eu ici les honneurs de la compétition avec le remarqué et primé Porteur de serviette, que son dernier film n'égale pas.

À Cannes, toutes nationalités confondues, la paternité défaillante constitue un des thèmes dominants de la présente édition. Il en sera également question. Le naturel et la proximité des acteurs constituent les meilleurs atouts de cette Nostra Vita, qui aborde la crise de vie de Claudio (interprétation juste d'Elio Germano), un jeune ouvrier du bâtiment dont la femme meurt en couches. Devenu père célibataire, il dirige les chantiers et escroque des travailleurs immigrés (autre thème récurrent, traité par Iñàrittu dans Biutiful), abandonnant ses scrupules. Mêlant comme le cinéaste mexicain drame intime et dérives collectives, La Nostra Vita, sur un registre plus mineur, mais un amour pour ses personnages, suit la quête de rédemption d'un homme qui retrouve l'estime de soi en combattant ses démons et l'exploitation barbare des sans-papiers. On s'intéresse de voir souligner les mêmes problèmes de conscience et de société de façons diverses selon les pays, mais la variation italienne manque décidément de coffre.

-Les Amours imaginaires sera distribué aux États-Unis. IFC Films a acquis les droits de diffusion américains du film de Xavier Dolan. Cette compagnie new-yorkaise le lancera aux États-Unis sur les grands écrans, de même que sur une chaîne télé. On ignore quand.

-Cinquième jour de grève de la faim pour le cinéaste iranien Jafar Panahi dans sa geôle de Téhéran, dont le fauteuil de juré à Cannes reste vide.

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