Godard fait faux bond

Le cinéaste Takeshi Kitano
Photo: Agence Reuters Éric Gaillard Le cinéaste Takeshi Kitano

Dur coup pour le Festival de Cannes. Avec des mots sibyllins adressés à son directeur général, Thierry Frémaux, dont Libération publiait hier le scoop, Jean-Luc Godard, une des personnalités les plus attendues ici, qui par sa verve et ses formules-chocs nourrit les médias à chacun de ses passages, fait défection au Festival.

Ni conférence de presse hier après-midi ni mini-discours à la projection de gala de son essai Film Socialisme, servi sans présentation à Un certain regard. Pas de Godard du tout. «Suite à des problèmes de type grec [Faillite? Ou se prend-il lui-même pour un cheval de Troie, allez comprendre!], je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Avec le Festival, j'irai jusqu'à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus. [En enfer ou quoi?] Amicalement. Godard.» Cannes n'avait pas besoin de ça. Ridley Scott (cinéaste de Robin des bois en ouverture) s'était décommandé pour des raisons de santé. Antonio Banderas et Anthony Hopkins (sur l'équipe du Woody Allen) parce qu'un tournage les retenait ailleurs, Lambert Wilson (une des vedettes du Tavernier) pour cause de péritonite aiguë.

Le lapin de Godard est grave, et le Festival a attendu longtemps l'imprévisible Suisse dans l'espoir d'un miracle qui n'est pas venu. Car depuis longtemps, les gens préfèrent entendre Godard plutôt que voir ses films.

Peut-être le cinéaste de Bande à part en veut-il au président du Festival, Gilles Jacob, de ne pas avoir soutenu Polanski dans ses déclarations. (Godard est un de ceux qui ont lancé une pétition en sa faveur). Peut-être se sent-il déprimé par la récente biographie que lui consacre Antoine de Baecque, où il n'est guère dépeint sous son meilleur profil. Une entrevue aux Inrockuptibles, imprimée dans le Guide du festival, distribuée à Cannes aux festivaliers aux abords du Palais, laisse percer son amertume au sujet de cette brique non autorisée. Accès de misanthropie? Ou n'ayant guère envie de disserter sur son Film Socialisme vraiment très, très hermétique? Collage qui se promène à travers les ports et les villes, avec des gens qui dissertent de l'Occident, de la Palestine, de la perte de tout, un paquebot, un lama et un âne dans une station-service. La langue godardienne est visuelle et son vocabulaire ici impénétrable. Désolée, plus confus que ses derniers opus. On a navigué en plein brouillard dans ce Film Socialisme-là. Et sans Godard.

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- Les premiers échos sortent à propos du film de Xavier Dolan Les Amours imaginaires. Après le papier très louangeur des Inrockuptibles, dont je vous ai entretenus hier, Libération parle d'une comédie charmante et conventionnelle. «Sa belle jeunesse étant sa meilleure excuse. Ainsi que son plus sûr talent. C'est dans les soubresauts d'une audace intime que, parfois, le film touche à son but.» Le Monde n'a pas aimé, mais sur le site de son blogue, oui. Le Parisien adore. On s'attendait à des réactions mitigées. On les a. Demain, d'autres textes devraient suivre.

- Le grand cinéaste japonais Takeshi Kitano, qui s'était aventuré ces dernières années loin de ses eaux de prédilection, soit le film de yakuzas, revient à ses anciennes amours délaissées en 2000 après Brothers. Avec Outrage, l'univers de ces féroces mafiosi nippons, dont le règne sur Tokyo est sans merci, se trace à la sanguine, et au scalpel côté réalisation. Kitano joue lui-même le rôle du malfrat dominant dans cette histoire de caïds qui s'entretuent et se découpent comme des bouchers. Sa chorégraphie de la violence extrême se révèle plus stylisée que jamais. Une primeur dans ses films: les cris et insultes qui accompagnent la fête féroce. La désobéissance au caïd suprême est de mise. Le jeu visuel est saisissant, l'atrocité et l'inventivité déployées par cette bande de joyeux drilles pour massacrer leurs semblables aussi, l'outrance est un exercice qui tient du jeu vidéo. Et la convoitise de pouvoir et de l'argent mène chacun à la mort. Tant d'horreur finit par lasser, d'autant plus que Kitano avait déjà donné dans le genre et le renouvelle moins qu'il ne le croit.

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Le Devoir à Cannes
 
2 commentaires
  • Hélène Pelletier - Abonné 18 mai 2010 05 h 10

    blogue du Monde sur le dernier film de Xavier Dolan


    Contrairement à ce qui est avancé dans cet article, Jean-Luc Douin semble malheureusement plutôt mitigé sur "les Amours imaginaires", dans le blogue du Monde : http://festivalcannes.blog.lemonde.fr/2010/05/15/c .

  • Hobbes - Inscrit 18 mai 2010 06 h 57

    Service après vente

    "Demain, d'autres textes devraient suivre." La promotion du film de X.D. devient donc un véritable feuilleton. Question: dans un journal indépendant comme Le Devoir, peut-on être à la fois critique de cinéma et attachée de presse de "son ami" Xavier Dolan?