Xavier Dolan applaudi à Cannes

CANNES - Dès le moment où il a posé le pied à Cannes jeudi, Xavier Dolan fut bombardé d’entrevues. Des journalistes l’arrêtaient dans les couloirs du Palais, avant d’avoir vu «Les Amours imaginaires» pour réclamer des autographes, une caméra de télé le suit partout, et il faut parfois lui demander grâce pour un entretien privé. Il est une vraie star ici, happé par le cirque, avec des pré-papiers dans Le Film français et Les Inrockuptibles, entre autre.

Lundi soir, notre jeune cinéaste sera l’hôte d’un dîner intime organisé par le président du festival de Cannes Gilles Jacob, en compagnie de Woody Allen, sans compter toutes les rencontres de cinéastes, les panels à son programme. D'ailleurs, pour la projection de presse hier après-midi des «Amours imaginaires», de longues queues se formaient, et ce, en pleine conférence de presse du charmant Woody Allen.

La grande salle Debussy était pleine pour la projection du film et le balcon refoulait du monde. Non, les festivaliers n’ont pas oublié «J’ai tué ma mère», ovni qui fit sensation l’an dernier à La Quinzaine des réalisateurs.

Très attendu à Cannes et dans une autre position que l’an dernier, lorsque inconnu au bataillon, Xavier découvrait le festival et s’y faisait découvrir et aimer. «Ce fut mon baptême et j’aimerais tirer des leçons de ce que j’ai appris en 2009. Maintenant je sens une reconnaissance... et une pression.»

«Les Amours imaginaires» (dont mon collègue Martin Bilodeau fait la critique), totalement différent de «J’ai tué ma mère», cette fois en Sélection Officielle à Un certain Regard, fut chaudement applaudi par la salle, mais devrait susciter des réactions divergentes. En entrevue après la projection, il était nerveux. Moi aussi. On est amis, autant le rappeler pour éviter les ambiguïtés.

Son film pop comme il l’appelle, très soigné artistiquement, traite du fantasme amoureux,. Deux amis (Xavier Dolan et Monia Chokri) sont amoureux du même être de fuite (Niels Schneider). Il le décrit comme une sorte de chronique, un essai à chapitres, un abécédaire de l’amour. «Son format est plus libre, plus abstrait que 'J’ai tué ma mère', ce qui peut être perçu comme un défaut, mais il repose sur un scénario résolument non conventionnel. Les trois héros sont au centre mais des gens viennent aussi s’étendre sur leurs amours contrariées, ce qui donne une ouverture à l’histoire principale, par le prisme social.»

Il se dit très fier des «Amours imaginaires» au plan artistique en tant que cinéaste et en tant que cinéphile. «Le film ne ressemble à rien et j’y ai mis plusieurs références au cinéma, aux arts visuels, à la littérature d’ailleurs et du Québec, avec des coups de chapeau en poésie à Jacques Brault, à Gaston Miron. Mon hommage à Gilles Carle est tout entier dans la chanson tirée des 'Mâles'. Aussi je me sens une filiation avec 'À tout prendre' de Claude Jutra.» Cocteau, un de ses artistes préférés, est également très présent à travers ses dessins. À la fois drame et comédie.

Nils Schneider, dans la peau de l’être aimé qui ressemble à un Raphaël ou un Botticelli, Xavier le décrit comme une apparition. «Nos personnages à Monia Chroki et moi, progressent de leur côté dans la douleur, la solitude et le rejet et ils n’évoluent pas, n’apprennent pas de leçon jamais du rejet amoureux, prêts à recommencer à fantasmer toujours. Ils ne s’expriment pas beaucoup par la parole, mais par des expressions, des gestes, des regards. On ne reste pas à la surface des personnages, mais de leurs problèmes. Il y a des aspects très dramatiques mais la drôlerie tient davantage aux situations qu’aux répliques, à l’encontre de 'J’ai tué ma mère', qui faisait rire par ses dialogues.»

Le jeune cinéaste a énormément joué sur  les chansons (aucune pièce instrumentale), les ralentis, les cadrages, la couleur tonique et la poésie visuelle. «Le rouge, le rose sont omniprésents.» Certains verront des liens côté images, cadrages spectaculaires et couleurs folles au cinéma d’Almodovar, mais il récuse cette influence, ne se sentant pas particulièrement proche des oeuvres du grand cinéaste espagnol.

Xavier revendique ce film comme un objet d’art libre.

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1 commentaire
  • Naturelebo - Inscrit 15 mai 2010 14 h 54

    Bravo Xavier

    Mes félicitations les plus sincères !!!