Oliver Stone au 63e Festival de Cannes - Refaire Wall Street, à l'ère du krach

L’acteur Josh Brolin embrasse le réalisateur Oliver Stone quelques minutes avant la projection de  Wall Street – L’Argent ne dort jamais. À droite, la vedette du Film, Michael Douglas.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’acteur Josh Brolin embrasse le réalisateur Oliver Stone quelques minutes avant la projection de Wall Street – L’Argent ne dort jamais. À droite, la vedette du Film, Michael Douglas.

Cannes - Oliver Stone est tellement un enfant de l'Amérique, même à travers sa contestation, qu'il tient d'un Superman par la carrure, la puissance qu'il dégage, sa touche cinématographique qui tient davantage du footballeur que du danseur de ballet. Entouré de son état-major: producteurs et acteurs, la plupart en costume-cravate devant la presse, il semble issu d'un autre monde, plus «classe affaires» que bande d'artistes déjantés.

Des étoiles américaines, il n'y en a pas de trop cette année sur la Croisette. Les films reluqués par Cannes n'étaient pas prêts. Les indépendants ont peu tourné faute de fonds, Hollywood a perdu le goût du risque. La crise économique montre ses séquelles jusqu'ici, où la quasi-absence des grands studios signifie moins de stars sur le tapis rouge. Alors, Oliver Stone tombe à pic. Son film est présenté hors compétition, ce qui semble le décevoir, mais cette grosse production appuyée, parfois efficace, n'aurait guère pu se faufiler dans la course à la palme.

La crise économique est au coeur de Wall Street - L'Argent ne dort jamais, suite du premier du nom, qui devint culte.

En créant le Wall Street initial en 1988, qui confiait à Michael Douglas le rôle (oscarisé) du requin de la finance Gordon Gekko, accro aux joies de l'avidité, le cinéaste avançait en terrain familier. Le père d'Oliver Stone fut courtier, Stone a tâté de la Bourse.

Et c'est avec la même équipe de base du Wall Street mythique, Michael Douglas compris, que cette suite s'est tournée et produite, mais en ajoutant de jeunes loups du nouveau siècle, enfantés par l'informatique, recrutés sur les bancs d'école et débutant leur carrière de courtiers en plein krach boursier. «C'est comme au Vietnam, dira le cinéaste de Born on the Fourth of July. Ces jeunes ont appris sur le terrain et comprennent mieux le krach que leurs aînés.»

À la sortie du premier Wall Street, Oliver Stone et Michael Douglas s'étaient étonnés que Gekko, un héros aussi pervers et sans scrupule, ait pu susciter des vocations sur Wall Street, et non incité les jeunes à miser sur la philanthropie. «Les gens aiment les méchants, conclut Douglas. Vingt ans plus tard, ces jeunes qui ont voulu faire comme Gekko sont à la tête des entreprises. Il fallait transformer mon personnage, proposer un nouveau modèle.»

Oliver Stone montre cette fois et Gekko et la Bourse de New York à leur plus bas niveau.

Wall Street - L'Argent ne dort jamais explique de manière souvent didactique les dessous du krach de 2008, en dévoilant les rouages pourris du système qui roule sur lui-même et spécule dans le vide. Le film prend Gekko à sa sortie de prison, après une peine purgée pour délit d'initié et crapuleries diverses. Son fils s'est suicidé, sa fille Winnie (Carey Mulligan, l'actrice d'An Education) ne veut plus le voir, ses anciens alliés l'évitent. Mais voici qu'un jeune courtier: Jacob (Shia LaBeouf) fiancé de Winnie, à l'affût de ressources alternatives, s'allie avec son beau-père en plus de recevoir les couteaux dans le dos du banquier sans scrupule qui l'embauche.

Avec des allusions au premier Wall Street, à travers les répliques, le générique, etc. le film marie des relations familiales à rafistoler (un volet bien faible, servi avec violons) aux dérives financières, tous requins unis, une partie mieux rythmée. Les images numériques entourant les tractations de la Bourse de New York sont impressionnantes. Douglas joue un héros ramolli aux contours flous, moins pervers et fascinant que le Gekko des jours meilleurs, Shia LaBeouf en jeune loup n'a pas le charisme du Douglas de jadis. Le film devrait rouler, mais sans devenir culte comme le précédent. Ce volet 2, qui se veut plus moral que l'ancien, manque de dents et égare parfois sa cible.

«À Wall Street, le contexte est différent aujourd'hui, explique Oliver Stone. Mon père était un courtier honnête qui voulait le bien de ses clients. Désormais, il n'y a plus de clients, à moins qu'ils soient très riches. La vague emporte tout. En 1987, je me demandais si le capitalisme allait s'améliorer, mais il a empiré. Il était temps pour moi de refaire un Wall Street, car les règles du jeu ont changé, les scandales financiers ont éclaté au grand jour. Les banques qui ont pris la place des courtiers ont montré au public leurs vraies couleurs.»

Wall Street - L'Argent ne dort jamais ne sortira sur les écrans qu'à la fin septembre.

Pour l'heure, Oliver Stone jongle avec trois documentaires: L'Histoire secrète des États-Unis, série de dix heures sur les coulisses américaines du pouvoir, Changements en Amérique du Sud et Castro en hiver, entretiens avec le vieux lion cubain en fin de parcours.

***

Vu en compétition aussi le très esthétique The Housemaid, du Coréen Im Sang-soo, un remake de Hanyo de Kim Ki-young. Servi par des plans magnifiques avec force contre-plongées, une musique classique, un style fou, il met en scène une aide-domestique (Jeon Do-youn, l'interprète de Secret Sunshine) travaillant pour une riche famille, séduite par le mari, trahie par les femmes, sacrifiée sur l'autel de la bourgeoisie. Le film mêle habilement les genres: érotisme, thriller, comédie de moeurs, avec à la fin un doigt de burlesque. Un beau produit assez glacé et une scène de femme flambée qui éblouit.

***

Le Devoir à Cannes
1 commentaire
  • oscar Fortin - Inscrit 15 mai 2010 06 h 49

    Oliver Stone un éveilleur de conscience

    On se souviendra de la présence d'Oliver Stone à ce même festival en 2009 alors qu'il présentait son documentaire sur Hugo Chavez et quelques Présidents dont Evo Morales,de la Bolivie, Lula du Brésil et Cristina Fernandez de l'Argentine... Un documentaire fort apprécié que plusieurs souhaiteraient voir sur nos écrans mais dont, pour une raison ou une autre, les grands distributeurs canadiens refusent de nous présenter. Rien à voir, évidemment avec la liberté d'expression et de diffusion.

    Parlant du vieux lion Fidel, il demeure toujours très actif, cette fois en partageant ses réflexions sur divers sujets d'actualité. Courtisé par plusieurs chefs d'État dont Lula, Chavez, Moralez, Correa pour ne parler que de l'Amérique latine il rend compte de ces rencontres ainsi de ce qu'il pense des grands problèmes que vit actuellement l'humanité. Pour ceux et celles qui aimeraient le lire dans le texte, je vous réflère à la version française de Granma international dont je vous transmets l'adresse internet http://www.granma.cu/frances/reflexions/reflexions