Avant Sherwood

Russell Crowe et Cate Blanchett dans le Robin des Bois de Ridley Scott
Photo: Source Universal pictures Russell Crowe et Cate Blanchett dans le Robin des Bois de Ridley Scott

Si vous espériez du cinéaste Ridley Scott (American Gangster, A Good Year) et du scénariste Brian Helgeland (Green Zone, Mystic River) que Robin des Bois soit tout de suite, sous vos yeux, un héros marxiste, un révolutionnaire exalté, voire un ancêtre lointain de Québec solidaire, vous serez sans doute déçus. Beaucoup d'autres afficheront toutefois un air de contentement devant ce luxueux Robin Hood 101, celui d'avant la forêt de Sherwood, remontant aux sources du détrousseur de riches pour soulager les pauvres.

Dans cette superproduction épique, l'Histoire a aussi sa place, même que les considérations politiques entre l'Angleterre et la France prennent souvent le pas sur les romances, les querelles intestines et les amitiés masculines viriles. Qui s'en plaindra? Sans verser dans la pédagogie édifiante, le scénario de Helgeland fait une large part aux rivalités monarchiques de l'Europe du XIIe siècle, aux ravages qu'ont causés les Croisades et à la bêtise royale rarement atténuée par le poids et le scintillement d'une couronne. Tout cela dans l'un des premiers blockbusters de l'été 2010, permettez-moi de le souligner.

Ces considérations étant faites, Robin Hood redevient un autre prétexte à retrouvailles, nombreuses, entre Ridley Scott et l'acteur Russell Crowe. Ce dernier avait entre autres porté la jupe de Maximus (Gladiator) et semble très à l'aise dans les collants (très discrets) de ce bon soldat devenu hors-la-loi. Si certains pourraient voir un «pattern» narratif entre les deux films — un paria s'oppose à un tyran écervelé et lâche, devenant ainsi le héros du peuple et l'ennemi de la classe dirigeante —, le tandem affiche aussi la même efficacité, le même tonus et la même retenue à vouloir tout sacrifier au spectaculaire. Mais chez Ridley Scott, on peut s'attendre à ce que les flèches volent très haut, atteignent leur cible avec une précision époustouflante et s'amalgament à des combats chorégraphiés au quart de tour.

Ces effusions de violence et de sang n'écrasent pas le tableau d'ensemble, celui d'une Angleterre épuisée par les Croisades, orpheline depuis la mort de Richard Coeur de lion, remplacé par son frère Jean, despote pas très éclairé et avide de taxes pour écraser le bon peuple — certaines choses ne changent vraiment pas... Dans tout ce chaos, Robin Longstride revient chez lui avec la couronne du royal défunt sous le bras, usurpant l'identité d'un chevalier qui devait remplir cette mission, devenant le fils de substitution d'un père éploré mais avisé (sublime Max von Sydow) et l'époux de façade de la veuve lady Marion (Cate Blanchett). Celle-ci tient à bout de bras une communauté affamée, capable de résister aux charmes du rebelle tout comme aux attaques des autorités, dont celles du shérif de Nottingham.

Cette romance, dont Scott explore davantage la tension érotique que sa véritable concrétisation, représente un élément parmi d'autres de cette reconstitution des origines d'une figure mythique et d'une source d'inspiration pour les révolutionnaires romantiques ainsi que tous ceux que les taxes horripilent. De là à prétendre que Robin des Bois est un héros de notre époque, Ridley Scott laisse tout de même la porte ouverte à une telle interprétation.

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Robin Hood (v.f.: Robin des bois)
Réalisation: Ridley Scott. Scénario: Brian Helgeland. Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Mark Strong, William Hurt. Image: John Mathieson. Montage: Pietro Scalia. Musique: Marc Streitenfeld. États-Unis, 2010, 140 min.

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Collaborateur du Devoir