Paroles de cinéastes

Hier, une centaine de cinéastes québécois se réunissait à la Cinémathèque québécoise à l'initiative du collectif À tout prendre afin d'échanger sur le financement du cinéma québécois. Des représentants de l'Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) étaient présents, apportant à la démarche collective un sceau officiel en somme.

Rappelons que le collectif est à l'origine d'une pétition de cinéastes lancée la semaine dernière (regroupant aujourd'hui plus de 400 signatures). Les signataires s'effrayaient à la perspective d'un éventuel virage commercial à la SODEC, à la suite des déclarations controversées de son président, François Macerola. Ce dernier souhaitait que sa société cesse d'être associée au film d'auteur et entend par ailleurs créer à la SODEC un fonds commercial pour les films dits rentables.

À ce type de rencontre, tout est dit et son contraire, du moins chacun peut-il vider son sac. Le collectif s'attaque au mythe de la rentabilité des longs métrages de fiction québécois, qui ne remboursent à peu près jamais leurs frais de toute façon, populaires ou pas, d'où l'absurdité de créer un fonds long métrage en fonction de ce critère.

La cinéaste Micheline Lanctôt estimait que les films à vocation commerciale, susceptibles de trouver ailleurs leur financement, ne devraient pas réclamer de fonds publics de la SODEC. Le fait que les gros joueurs de l'industrie soient les alliés naturels des institutions, fut un autre point soulevé.

«Nous croyons à l'unité du cinéma québécois, affirmait hier le cinéaste Bernard Émond, au nom d'À tout prendre. On n'a pas besoin de nous rappeler que tous les films ont des auteurs et que la frontière entre "cinéma d'auteur" et "cinéma commercial" est floue. Nous le savons. [...] Le Québec ne peut pas se permettre un cinéma national qui exclurait un genre de films au profit d'un autre. [...] Mais il y a une façon très sûre de favoriser la production de mauvais films. C'est de privilégier les impératifs commerciaux au détriment de la qualité, tout en espérant que la promotion compensera pour le reste. C'est ce que fait le régime des enveloppes à la performance [à Téléfilm]. C'est ce que fera inévitablement un fonds privilégiant les films commerciaux. [...] Nous prônons un processus de sélection qui reconnaîtrait à l'entrée l'égalité des films, l'égalité des cinéastes, l'égalité des genres et l'égalité des producteurs et des maisons de production. Mais nous rappelons que faire des films avec l'argent public n'est pas un droit, ni pour les producteurs, ni pour les cinéastes. C'est une responsabilité.»

Le collectif rencontrera par la suite le président de la SODEC, François Macerola, et la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, dans le but de leur soumettre leurs recommandations.