Un vrai héros vulnérable

Aksel Hennie dans Max Manus, du tandem formé par Joachim Roenning et Espen Sandberg
Photo: S.V. Biz Aksel Hennie dans Max Manus, du tandem formé par Joachim Roenning et Espen Sandberg

Le drame de guerre sur la résistance antinazie est à la mode en Europe. Après les Pays-Bas avec le fascinant Carnet noir de Paul Verhoeven, le Danemark avec le réussi Flame & Citron d'Ole Christian Madsen, voilà que la Norvège réhabilite à son tour son vrai de vrai héros, Max Manus, à travers un drame conventionnel mais bien fait, qui filtre l'Histoire à travers des éléments de film noir et, plus discrètement, de western.

Pas étonnant. Les coréalisateurs Joachim Roenning et Espen Sandberg sont également derrière le très mal reçu Bandidas, sorte de Pétroleuses du XXIe siècle avec les pulpeuses Penélope Cruz et Selma Hayek en proue. Le motif du tandem est ici encore présent. Car c'est en grande partie par amitié pour Gregers Gram (Nicolai Cleve Broch) que Max Manus (Aksel Hennie), un jeune idéaliste sans éducation, traumatisé par son séjour au front durant la guerre d'hiver en Finlande, se joint à un groupe de résistants qui deviendront célèbres durant l'occupation allemande de la Norvège sous le nom du Gang d'Oslo. Leur spécialité: couler les navires d'approvisionnement allemands ancrés dans le port. Également au nombre de leurs hauts faits, commandités depuis l'Écosse avec la complicité de la Suède: la destruction des archives de l'état civil afin d'empêcher les Allemands de conscrire les jeunes hommes norvégiens.

Par son sang-froid et sa bravoure (il a mis à lui seul la Gestapo en échec en s'évadant sous son nez), Manus s'est fait une réputation enviable, dont les cinéastes illustrent le revers sombre: le sentiment d'imposture, les doutes profonds, la résistance aux compromis, que Hennie, ni beau ni laid, ni grand ni petit, ni faible ni fort, traduit à la perfection. Durant la première partie, son absence de charisme joue contre le film. Puis, le point de vue des auteurs traverse l'image, et la vulnérabilité du héros, au coeur de l'enjeu, donne plus de nuance au récit, dont le sommet survient lors de l'épilogue.

Entre-temps, le film déroule un récit sans temps morts, aux ellipses parfois maladroites, aux personnages secondaires un peu trop superficiels, mais la vivacité qui se dégage de l'ensemble compense ces défauts. Roenning et Sandberg amplifient les contrastes bons-méchants, filment la capitale norvégienne comme un village du Far West, s'amusent à coups d'effets de style parfois un peu voyants, comme ce clin d'oeil stylistique à Atonement, superposant musique, bruit de machine à écrire et montage accéléré. Max Manus n'atteint pas la hauteur du film de Joe Wright. Mais de s'y référer et de s'en inspirer témoigne déjà d'une ambition qui mérite d'être signalée.

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Max Manus
Réalisation: Joachim Roenning et Espen Sandberg. Avec Aksel Hennie, Agnes Kittelsen, Nicolai Cleve Broch, Ken Duken, Knut Joner, Christian Rubeck. Scénario: Thomas Nordseth-Tiller. Image: Geir Hartly Andreassen.
Montage: Anders Refn. Musique: Trond Bjerknaes. Norvège-Danemark-Allemagne, 2008, 118 minutes.


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Collaborateur du Devoir