Fragment de vie

Coco Chanel et Igor Stravinsky fait l’objet d’une mise en scène d’un classicisme de grande classe.
Photo: Séville Coco Chanel et Igor Stravinsky fait l’objet d’une mise en scène d’un classicisme de grande classe.

Arrivant sur les écrans après Coco avant Chanel d'Anne Fontaine, ce très élégant film du Français Jan Kounen (Dobermann, 99 francs) a connu moins de succès que son prédécesseur, qui créa saturation. Pourtant, le film de Kounen (en clôture au dernier Festival de Cannes) se révèle meilleur que celui de Fontaine. De plus, il commence là où le précédent finit, et nourrit la bio de la grande couturière, en nouvel épisode.

Coco Chanel et Igor Stravinsky ne prétend pas être un biopic, plutôt un fragment de vie: la brève liaison qu'entretint Chanel avec le compositeur russe, dans sa villa où elle l'avait hébergé avec sa famille, alors qu'il crevait à peu près de faim.

Le film ouvre sur une scène magistrale, remarquablement tournée et montée, de quel-ques années antérieure à l'histoire d'amour au coeur de la trame: la représentation historique de son Sacre du printemps à Paris, au théâtre des Champs-Élysées, avec les Ballets russes de Diaghilev, chef-d'oeuvre incompris par la chic faune des premières, qui créa une émeute inouïe dans les rangs des spectateurs mais que l'avant-gardiste Chanel, de son côté, admira.

Jan Kounen, qu'on a connu plus pop, se révèle capable d'une mise en scène de classicisme et de grande classe, qui élargit son éventail de cinéaste, tout en l'emprisonnant un peu dans cette beauté.

Porté dans le huis clos de la villa par un excellent trio d'acteurs: Anna Mouglalis en glaciale Coco, le Danois Mads Mikkelsen (Casino Royale, After the Wedding) en Stravinsky sensible, entravé dans sa vie mais s'envolant dans son art, un peu trop éteint quand même. Elena Morozova, actrice russe, confère à la figure de l'épouse trompée une dignité, une douceur aimante et un charisme qui font pendant à la liberté sans frein que Chanel évoque.

Les acteurs sont plus beaux que leurs modèles originaux, apportant une grâce au pas de deux amoureux, à défaut de véridicité. Le décor de la villa, les robes Chanel portées avec pure élégance par Anna Mouglalis, les lumières du parc, la musique contribuent au faste de l'ambiance dans cet univers hors du monde, où les drames à trois se jouent et où les oeuvres s'enfantent. Car les dessous de la création se dévoilent sur un tissu où art et vie deviennent indissociables. Si la passion qu'é-prouvent compositeur et couturière n'est pas pleinement convaincante, trop enveloppée d'esthétisme, Elena Morozova apporte au film l'élément d'humanité, et c'est par l'épouse trompée que naît l'émotion, dans son face à face avec l'usurpatrice au coeur dur mais au flair artistique sans faille.

Malgré quelques scories — à Grasse, le parfumeur insiste trop sur le numéro 5 du nouveau parfum — et un dénouement aux jours de vieillesse qui s'égare inutilement en d'autres sphères temporelles, ce film de maîtrise, pour sa grande élégance et sa finesse, mérite vraiment le détour.

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Coco Chanel et Igor Stravinsky
Réalisation: Jan Kounen. Scénario: Chris Greenhalgh, Carlo de Boutiny et Jan Kounen, adapté du roman Coco & Igor de Chris Greenhalgh. Avec Mads Mikkelsen, Anna Mouglalis, Elena Morozova, Natacha Lindinger, Grigori Manoukov. Image: David Ungaro. Montage: Anny Danché. Musique: Gabriel Yared et Igor Stravinsky.
1 commentaire
  • Christiane Noiseux - Inscrit 29 avril 2010 08 h 31

    NUL ET VIDE

    Ai-je vu la même version ? Ce que madame Tremblay qualifie de"quelques scories" occupe tout le film. Une caméra super agitée..des gros plans complaisants et inutiles...Émotion?? Une série de photos de magazine de luxe. On ne reconnait absolument pas le talent des principaux interprètes admirés ailleurs: Igor (After the Wedding) et Chanel (Merci pour le chocolat). À éviter..même en DVD.