Percée de soleil

Catalina Saavedra dans La Nana, de Sebastian Silva
Photo: Mongrel Media Catalina Saavedra dans La Nana, de Sebastian Silva

Primé au Festival de Sundance 2009, La Nana est porté par un fascinant personnage féminin, Raquel, la servante revêche au service d'une famille depuis 23 ans. Dure, dévouée, épuisée, malade, névrosée, et en train de basculer dans une sorte de démence. Cette femme au bord de toutes les crises de nerfs ne pouvait trouver meilleure interprète que Catalina Saavedra, avec son visage fermé, sans grâce, ses gestes brusques, apportant une tendresse cachée, des frustrations ravalées jusqu'aux maux psychosomatiques.

The Maid cultive les ellipses (trop, ce qui nuit au profil collectif). Et de cette famille de Santiago dont la servante constitue un des membres les plus considérés, on ne saura au fond pas grand-chose. Ni le pourquoi de sa prospérité économique, ni de vrais détails personnels, si ce n'est que le père aime fabriquer des bateaux miniatures, que la fille aînée se sent bousculée par Raquel et que la mère protège sa loyale servante envers et contre tous. En fait, aucun interprète ne s'impose, aucun profil ne se démarque chez les maîtres, résolument ici dans l'ombre ancillaire.

La ligne dramatique suit les accrochages entre Raquel et les aides domestiques embauchées pour l'épauler, qu'elle tyrannise jusqu'à la démence. La troisième du lot, Lucy, avec son humour et sa personnalité éclatante (lumineuse Mariana Loyola, qui apporte au film un éclat de liberté), brise la glace et l'entraîne du côté de la vie et de la découverte d'elle-même.

Ce qui semblait vouloir tourner au thriller psychologique, avec cette Raquel aux portes de la folie, se transforme soudain en film de rédemption, aux scènes tantôt comiques, tantôt touchantes, surtout dans la famille de Lucy où Raquel est invitée, y découvrant d'autres modèles de vie.

La caméra à l'épaule abuse parfois de ses tressaillements, surtout en finale. Le film a des faiblesses, mais les deux beaux portraits de femmes, Raquel et Lucy, entre ancrage ou libération, témoignent de rapports au monde qui ouvrent sur une métaphore du Pérou et sur les grands choix de vie universels.

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La Nana (The Maid)
Réalisation: Sebastian Silva. Scénario: Sebastian Silva et Pedro Peirano. Avec Catalina Saavedra, Claudia Celedon, Alejandro Goic, Andrea Garcia-Huidrobro, Mariana Loyola, Agustin Silva, Darok Orellana. Image: Sergio Armstrong. Montage: Danielle Fillios. Supervision musicale: Ruy Garcia. Pérou.