Un film maladroit

Le Journal d’Aurélie Laflamme, de Christian Laurence, est inspiré des romans populaires d’India Desjardins.
Photo: TVA films Le Journal d’Aurélie Laflamme, de Christian Laurence, est inspiré des romans populaires d’India Desjardins.

N'ayant pas lu les populaires bouquins d'India Desjardins traitant des mésaventures d'une jeune ado qui se sent inadaptée dans un monde conçu pour d'autres, il m'est impossible de faire le pont entre les livres et le film. Mais Le Journal d'Aurélie Laflamme étant porté au cinéma, on le juge pour le résultat à l'écran, s'étonnant tout de même que le cinéaste Christian Laurence, un des membres-fondateurs du mouvement Kino derrière des caméras de liberté, ait accouché d'un film aussi maladroit, en quête de son propre souffle.

Il a voulu livrer une sorte de «Conte pour tous», mais l'ensemble paraît bien amateur et manque de raffinement stylistique. Le fan-club de l'Aurélie sur papier s'y ruera peut-être. Déçues, pas déçues, les filles.

Place aux aventures de cette pré-adolescente, encore perturbée par la mort de son père, incomprise de sa mère et de tous, gaffeuse, incapable d'aborder le garçon pour qui elle a le béguin sans se mettre le pied dans la bouche, catastrophe ambulante à l'école. De là à avoir l'impression d'être une extraterrestre... Des épisodes plus surréalistes, guère maîtrisés, peinent à nous attirer de l'autre côté du miroir.

Le film, comme les livres avant lui, mise sur l'identification du jeune public à l'héroïne, mais on a de la difficulté à croire que cette identification fonctionnera. L'ennui, c'est que l'interprète principale, la jeune Marianne Verville, manque de charisme et ne convainc guère. Elle semble très mal à l'aise dans ce rôle. Son malaise frappe d'autant plus que Geneviève Chartrand, dans la peau de la meilleure amie plus délurée, habite beaucoup mieux l'écran. Les profils des deux jeunes actrices jurent. Elles semblent habiter des univers trop différents pour créer l'amitié, ce qui contribue à faire boiter le film.

D'autres figures tiennent mieux la route: la mère, à la fois rébarbative et touchante (Edith Cochrane), le garçon qui fait battre le coeur d'Amélie (Aliocha Schneider), fort charmant, doté d'une présence indéniable. Mais les décors, les costumes trop kitsch, la réalisation en panne de rythme, remplie de facilités, et surtout une actrice principale trop atone empêchent Le Journal d'Aurélie Laflamme d'acquérir le rythme et la poésie que le sujet exige.

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Le Journal d'Aurélie Laflamme
Réalisation: Christian Laurence. Scénaristes: Christian Laurence et India Desjardins, d'après sa propre série de livres jeunesse. Avec Marianne Verville, Geneviève Chartrand, Aliocha Schneider, Jerémie Essiambre, Édith Cochrane, Pierre Gendron, Valérie Blais. Image: Geneviève Perron. Montage: Hubert Hayaud. Musique: Martin Léon.