Alain Guiraudie, cinéaste atypique

Alain Guiraudie a réalisé la comédie romantique Le Roi de l’évasion.
Photo: Loaded pictures Alain Guiraudie a réalisé la comédie romantique Le Roi de l’évasion.

Son film Le Roi de l'évasion, suivant le tandem d'un quadra gai et d'une jeune rebelle, prend l'affiche vendredi dans nos salles. Le cinéaste y invite le spectateur à casser le moule des stéréotypes.

Il apparaît un peu unique dans le paysage du cinéma français, à l'exception peut-être des frères Darrieux. Alain Guiraudie signe des films atypiques, souvent hurluberlus, truculents. Il avait reçu le prix Jean Vigo pour son moyen métrage Ce vieux rêve qui bouge en 2001. Des oeuvres comme Pas de repos pour les braves en 2003 et Voici venir le temps en 2005 ont imposé davantage son univers.

Le Roi de l'évasion, comédie mélodramatique lancée à la Quinzaine des réalisateurs, comme deux de ses films précédents, s'appuie sur l'étonnant duo d'un quadragénaire bedonnant, homosexuel villageois (Ludovic Berthillot), qui succombe aux charmes d'une adolescente éprise de lui (Hafsia Herzi, jeune découverte de La Graine et le Mulet). Et les voilà fuyant à travers monts et vaux, la foule des mécontents à leurs trousses.

Contre les stéréotypes

«Les enjeux de ce film, explique Alain Guiraudie: faire sauter les cloisons, sortir du monde normatif dans lequel on vit, où chacun est prié de bien tenir sa place. Mais aussi aborder la crise de la quarantaine, à travers ces moments où l'on traque de nouvelles avenues, en espérant envoyer valser l'avenir tracé d'avance. Le tout avec une dimension d'absurde et d'humour.»

Ludovic Berthillot, il l'a choisi parce qu'il le trouvait touchant, non pour son physique. «Gros? Pourquoi pas? Il est sexy dans son genre. Quant à Hafsia Herzi, ses origines maghrébines n'ont pas joué. On est hors de ça. Je m'attaque aux stéréotypes. Celui de l'homosexuel exige qu'il soit jeune urbain, séduisant et branché, surtout pas un campagnard. Mon film est éclairé par le soleil et le sexe y est joyeux. Je ne voulais pas en faire une oeuvre provocante, mais une comédie érotomane sur fond de répression et de paranoïa, posant une question: "Peut-on casser les moules et changer de nature?"»

Issu du milieu de l'agriculture, Guiraudie met en scène des héros provenant du tissu populaire de la province. «C'est ce que je connais le mieux, dit-il. Le cinéma français des décennies 80 et 90 s'appuyait sur ces couches populaires, puis la sève s'est perdue. En France, on s'est endormis sur nos lauriers. Des parents cinéastes aident leurs enfants à devenir cinéastes. Tout ça ronronne en vase clos dans un Paris de bourgeoisie. J'ai été formé par les années 70, mais qu'avons-nous fait de nos rêves de libération? On a perdu une légèreté, une liberté, pour atterrir au supermarché. Et si on tentait autre chose?»