Cinéastes et SODEC - Par-delà l'inquiétude

Les extraits de la pétition des cinéastes québécois qui s'inquiétaient dans nos pages d'hier, comme dans celles de La Presse, d'un éventuel tournant commercial à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) ont suscité émoi et soubresauts. Le nombre des signataires du milieu a monté à plus de 80.

En Chambre, Maka Kotto, porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture et de communications, a demandé à la ministre de la Culture si elle entendait appuyer le virage envisagé à la SODEC. «La SODEC accompagne les cinéastes québécois et elle va continuer d'accompagner les cinéastes québécois, a-t-elle répondu. La preuve, c'est que nos cinéastes québécois sont reconnus plus que jamais sur la scène internationale, et c'est grâce aux efforts que nous faisons pour eux.» Elle a ensuite réitéré son appui au président de la SODEC. «M. Macerola dirige la SODEC et je suis convaincue qu'il ne fera rien pour évidemment nuire à nos cinéastes québécois.» (sic!) Celui-ci avait d'ailleurs assuré au Devoir que le cinéma d'auteur demeurerait une priorité pour son organisme.

Le collectif À tout prendre, des signataires de la pétition, dont le site est www.ipetitions.com/petition/atoutprendre, nous a fait parvenir cette nouvelle missive:

«Comme vous le savez sans doute, des extraits de notre lettre "Les nouveaux habits de la SODEC" ont été cités dans La Presse et Le Devoir de ce matin. Bien que cette fuite inattendue ait perturbé quelque peu nos plans, elle a provoqué une réaction instantanée du milieu. Dans ce contexte, il nous est apparu urgent de rendre publique la lettre immédiatement dans son intégralité.

Puisque l'essentiel de notre message sera rendu public dès demain, le collectif À tout prendre a convenu de ne pas tenir de conférence de presse lundi. Déjà, nous pouvons nous féliciter d'avoir attiré l'attention sur le discours ambigu que monsieur François Macerola a prononcé il y a deux semaines quant aux orientations futures de la SODEC. En réaction à notre sortie publique, monsieur Macerola a fait savoir qu'il n'avait pas l'intention d'instaurer un système d'enveloppes à la performance comme à Téléfilm Canada, ce qui constitue déjà une première bonne nouvelle.

Le fait que plus de 80 artisans du cinéma d'horizons variés se soient mobilisés en moins de 24 heures pour signer la lettre prouve à quel point il existe présentement une inquiétude répandue quant à l'avenir des programmes existants. Notre réaction collective n'est pas sans rappeler les liens historiques qui lient la SODEC et les cinéastes au Québec. En effet, on se souviendra que l'ancêtre de la SODEC a vu le jour dans les années 1970 à la suite d'une action militante où des réalisateurs avaient occupé le Bureau de surveillance du cinéma en novembre 1974 pour exiger une loi-cadre sur le financement cinématographique au Québec. Trente-cinq ans plus tard nous réaffirmons notre engagement et souhaitons participer aux réflexions à venir sur la philosophie du financement du cinéma documentaire et fiction.»