Festival de Cannes - Doublé pour Les Invasions

Denys Arcand affichait fièrement, hier à Cannes, les prix du scénario et de l’interprétation féminine attribués aux Invasions barbares.
Photo: Agence Reuters Denys Arcand affichait fièrement, hier à Cannes, les prix du scénario et de l’interprétation féminine attribués aux Invasions barbares.

Cannes — Non, il n'a pas eu la Palme d'or, Denys Arcand, mais Les Invasions barbares a quand même récolté hier au palmarès de Cannes le prix du scénario et le laurier si inattendu d'interprétation féminine attribué à Marie-Josée Croze.

Étonné? Déçu par le résultat, Denys Arcand? Sur la scène hier, couronné pour son scénario, visiblement ébranlé, il a tenu à remercier surtout le public de Cannes. C'est lui qui l'a soutenu, bien davantage que le jury (ou que la presse française si divisée).

Alors que son film avait été ovationné durant 22 minutes en projection officielle, la palme du coeur, le triomphe populaire fut pour sa cour, et les sondages auprès des festivaliers l'avaient sacré (avant les résultats) grand vainqueur. «Si je n'avais pas reçu de prix, je ne serais pas revenu», a-t-il précisé sur scène. Les lauriers ont quand même leur importance...

«C'est très rare que le jury soit d'accord avec le public, a précisé Denys Arcand aux journalistes. Charlie Chaplin, que le festival célèbre aujourd'hui, on n'a jamais été foutu de lui donner un prix de son vivant, aux oscars non plus. Les gens des jurys prennent leur rôle terriblement au sérieux, avec componction. Les films très graves, très tristes sont toujours gagnants.» Arcand avait déjà vécu une expérience similaire à Cannes avec Jésus de Montréal. «Tout le monde nous donnait gagnants pour la Palme. On a obtenu le prix du jury.»

Au-delà des résultats du palmarès, c'est l'achat du film par le puissant distributeur américain Miramax qui constitue la nouvelle du jour. Il lancera le film aux États-Unis, avec version sous-titrée et diffusion sur un grand nombre d'écrans. On ignore encore à quel moment le film sortira sur les écrans américains. L'annonce de cette acquisition a été faite hier à la presse québécoise par la productrice du film, Denyse Robert. Le grand patron de Miramax, Harvey Wenstein, se serait entiché lui-même des Invasions. Or, cette maison avait acquis La vie est belle de Roberto Benigni, Parle avec elle de Pedro Almodovar et Il Postino de Michael Radford. Quand un film lui tombe dans l'oeil, Miramax, qui joue du coude et investit un budget immense dans la promotion, le place en général dans la course aux oscars.

Il serait fastidieux de vous énumérer tous les pays où Les Invasions barbares a été vendu. Ils sont une trentaine, du Brésil à la Colombie en passant par la Turquie, la Colombie, l'Allemagne, l'Australie, le Japon, etc. Les acheteurs se sont rués au portillon du film québécois.

Ce prix d'interprétation féminine à Marie-Josée Croze qui mettait au tapis Nicole Kidman, si époustouflante dans Dogville de Lars von Trier, personne ne l'avait vu venir. Surtout pas elle, repartie au Québec, sans attendre quoi que ce soit. Elle était excellente, mais jouait un rôle quasi secondaire. Ça alors! Il est vraiment dommage que la jeune actrice ait manqué la cérémonie. Un moment comme ça passe rarement deux fois dans une vie...

Rappelons que la Québécoise Monique Mercure avait reçu aussi, en 1975, le prix d'interprétation féminine pour le merveilleux J.A. Martin photographe de Jean Beaudin. «Elle n'a plus joué après ce prix pendant deux ans, ironise Arcand. Ça en dit beaucoup sur le Canada...» Un jour, le cinéaste québécois avait entendu à la radio François Truffaut dire qu'une ligne très précise existait entre ceux qui font les films et ceux qui les jugent. Comme lui, Arcand a toujours refusé de participer à des jurys.

Rémy Girard et Stéphane Rousseau étaient hier à Paris, d'où on les a fait revenir en quatrième vitesse. Mais trop tard. La remise des prix avait été faite. Ils ont accompagné Arcand et les producteurs pour rencontrer la presse. Stéphane Rousseau nous a expliqué avoir appris par la radio du taxi qui le ramenait au Palais que Rémy n'avait pas le prix d'interprétation (mais Marie-Josée Croze, oui) et que la Palme allait à Gus Van Sant.

«La réaction du public lors de la projection officielle du soir a été un moment si extraordinaire, explique un Rémy Girard un peu triste. Ensuite, en se promenant sur la Croisette, on sentait que le film avait fait fureur. Les gens nous arrêtaient partout. C'est le prix que je rapporte à Montréal. La réaction du public de Cannes.»