Disparition de Marcel Simard

Marcel Simard
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Marcel Simard

Avec une tristesse infinie, le milieu du cinéma a appris le suicide samedi dernier du producteur, scénariste et cinéaste Marcel Simard à l'âge de 64 ans. Cet homme bon et intègre, dont l'engagement social et la sensibilité auront marqué l'univers du documentaire, avait aussi gagné les coeurs de ceux qui le côtoyèrent.

Sa compagnie de production, Virage, qu'il avait fondée en 1985 et codirigée entre 1998 et 2008 avec sa compagne Monique Simard, aujourd'hui à la tête du programme français de l'ONF, fut mise il y a deux semaines sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Dépressif durant plusieurs mois, le producteur fut très affecté par ce dernier revers et par les réactions violentes de plusieurs personnes après l'annonce de la faillite. Il voulait rembourser intégralement tous les petits artisans des films lésés dans cette affaire. Ce qu'il fit avant de mourir, payant plusieurs dettes de sa poche, après avoir vendu sa copropriété.

Sa malheureuse famille faisait hier parvenir aux médias un communiqué laconique, mentionnant entre autres que sa dernière réalisation Le Petit Monde d'Élourdes, abordant la détresse chez les enfants, prendrait l'affiche en avril prochain.

L'an dernier, Marcel Simard avait créé avec l'Équipe Spectra une nouvelle compagnie de production documentaire appelée Spectra Virage Media. Il ne souhaitait pas pour autant se départir de son ancienne maison de production et y fut acculé. Il rêvait de racheter son catalogue Virage, plus de 100 films.

Né à Montréal en 1945, avec une formation en sociologie, longtemps recherchiste à Radio-Québec, Marcel Simard aura consacré une grande partie de sa carrière à des oeuvres socialement engagées. Il avait coréalisé avec Jean Beaudry et François Bouvier Une classe sans école en 1980. Dans Le Grand Monde en 1988, il abordait le milieu des ex-psychiatrisés. En 1993, ses Mots perdus traitaient de l'univers des aphasiques. Très remarquée, sa fiction aux allures de documentaire Love-Moi, en 1990, plongée chez des jeunes ballottés par la violence et la drogue, offrait aussi de généreuses portes de sortie.

«C'est la faillite d'un système, d'un cinéma d'auteur qu'il a tenu à bout de bras. Je trouve injuste qu'il paie pour un système auquel il a cru», affirmait hier la documentariste Marquise Lepage, très éprouvée. Celle-ci avait réalisé chez Virage le merveilleux film choc Des marelles et des petites filles. «Pour quelqu'un de fragile et d'impliqué comme lui, cette faillite l'a achevé. Il y a deux semaines, je travaillais à un nouveau projet à ses côtés, abordant l'au-delà, intitulé Le Film d'une vie, que j'entends mener à terme à sa mémoire.»

«On le savait malade, il a passé du temps à l'hôpital», s'attristait le cinéaste Jean-Claude Labrecque, à ses côtés notamment pour le documentaire À Hauteur d'homme sur la campagne électorale de Bernard Landry.

«Il était producteur, mais créatif, prodiguait de bons conseils, évoquait le cinéaste. Chez Virage, le couple qu'il formait avec Monique fut une équipe puissante et soudée, qui appuyait les créateurs et leur donnait la chance de s'exprimer. C'est rare.»

À propos du documentaire qui fut son ancrage et sa cause, il y a deux semaines, Marcel Simard confiait au Devoir: «Les budgets de ces films vont baisser de plus en plus, avec les coupures fédérales. L'avenir du genre m'apparaît très menacé.»
2 commentaires
  • François Caron - Abonné 9 mars 2010 09 h 40

    La lucidité contre l'espérance

    Merci Marcel Simard pour ces documentaires percutants, si nécessaires pour allumer les consciences en veilleuse des gens sensibles aux injustices mais pas encore éteints face à l'humanisme.

    Courage Monique Simard, nous vous souhaitons la force intérieure pour lui survivre et continuer de porter la lumière qui éclaire les consciences face à l'existence de notre prochain et de trouver les moyens d'alléger ses souffrances et d'améliorer son quotidien.

    Bien que je ne vous connaisse pas personnellement tous deux, vous avez toute ma sympathie.

  • Philippe Lavalette - Inscrit 11 mars 2010 18 h 26

    ce que j'aurais aimé te dire...

    Que tu as inventé. Que tu as été un rebelle tendre et tenace. Que tu as aidé beaucoup d'entre nous à réaliser, à se réaliser aussi.Que je n'oublierai jamais les paris audacieux que tu prenais, en production comme en réalisation. Que ta pensée m'a toujours semblé singulière, originale, à contre-courant. Que tu me manques.