Une costumière québécoise aux côtés des stars

Monique Prudhomme
Photo: Kim McCarthy Monique Prudhomme

En lice dans la course aux Oscar pour ses costumes du film de Terry Gilliam, L'Imaginarium du docteur Parnassus, la Québécoise Monique Prudhomme retient son souffle. Demain, elle ira s'asseoir sur un siège VIP au chic Kodak Hall d'Hollywood, avec stars en paillettes.

Jamais Monique Prudhomme, Québécoise établie à Vancouver depuis 25 ans, n'avait eu costumes plus éclatés à concevoir que pour ce tournage-là. Il faut dire que le Britannique Terry Gilliam (Brazil, Twelve Monkeys, etc.) à l'univers surréaliste, offre un régal aux artisans qui travaillent à ses côtés. «Quand j'ai quatre idées, il en a 400, précise la costumière. Terry a un tel sens du design. Mais il m'a fait beaucoup confiance.»

The Imaginarium of Doctor Parnassus, d'une fantaisie débridée quoique reposant sur un scénario trop touffu, a soufflé la galerie par son esthétique délirante. L'histoire est celle à Londres d'un personnage immortel, ayant fait un pacte avec le diable, le forain Parnassus (Christopher Plummer). Il veut sauver sa fille des conséquences fatales du pacte faustien avec l'aide d'un mystérieux passeur, lequel entraîne les spectateurs dans un univers parallèle.

«Le film étant coproduit par la Grande-Bretagne et le Canada, Gilliam cherchait un créateur de costumes canadien, explique Monique Prudhomme, et c'est moi qui ai reçu le cadeau.» Elle avait entre autres conçu les costumes du film Juno de Jason Reitman. Aujourd'hui, sa citation aux Oscar l'étonne un peu: «Moi, une Canadienne vivant à Vancouver. Pourtant, m'y voici! La direction artistique du film est en nomination également!»

Le tournage de L'Imaginarium... fut, rappelons-le, marqué par la mort brutale de l'acteur Heath Ledger, qui jouait le rôle du passeur. «Ce fut un grand choc. On a failli perdre le film et le plateau s'est arrêté trois semaines, avant que l'idée de prendre trois autres interprètes pour créer de nouvelles facettes du rôle: Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell, ne prenne corps.»

Heath Ledger l'avait reçue chez lui avec une partie de l'équipe. «Il était si plein de vie. Pour lui, Terry Gilliam était un mentor, car il voulait réaliser son propre film. Après avoir essayé le trois-pièces blanc que je lui proposais pour son rôle, il l'avait adopté tout de suite. Plus tard, quand son personnage fut repris par trois acteurs différents, j'ai trouvé un autre cent mètres de tissu blanc...»

Comme le personnage central de Parnassus a mille ans et qu'il fait du théâtre, Monique Prudhomme s'est inspirée des costumes du XVIe et XVIIe siècles issus de l'univers de la Commedia dell'arte: «J'ai ajouté des éléments folkloriques provenant d'Europe de l'Est, mais aussi de l'Inde, de la Chine et du Japon.» La costumière précise avoir fouillé les marchés aux puces et les maisons de costumes, en dégotant des trésors pour les couches différentes du costume de Parnassus: cardigan, cape, kimono, châle, à mettre ou enlever au fil des humeurs. «J'ai créé également mes propres pièces.»

Elle a conçu en fait trois types de costumes pour les excentriques personnages: ceux destinés à la scène, ceux du monde parallèle et ceux de la vie quotidienne. «Lily Cole, qui incarne la jeune fille, est un mannequin connu en Europe. Grande et belle, ce fut un plaisir de l'habiller. Je lui ai donné une robe rouge, symbole de pouvoir, ailleurs un manteau blanc, symbole de renouveau. Pour Tom Waits, qui joue le diable, les références furent celles des oripeaux de l'Opéra de Quat'Sous.»

On verra les prochains costumes des Monique Prudhomme dans le film pour toute la famille Diary of a Wimpy Kid, bientôt sur les écrans. Mais si la costumière gagne la statuette, qui sait sur quels nouveaux plateaux prestigieux elle pourrait atterrir? Car un Oscar change parfois la vie...

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.