Une Alice en quête de sens

Johnny Depp en chapelier fou
Photo: Buena Vista Johnny Depp en chapelier fou

Après l'énorme battage publicitaire ayant entouré l'adaptation d'Alice au pays des merveilles par le gothique et génial Tim Burton, et le suspense pour sa sortie en salle européenne dans la foulée d'une saga quant aux supports de diffusion, voici donc cette mégaproduction en 3D sur nos écrans. Hélas! le film déçoit. Comme si le mariage entre le cinéaste d'Edward Scissorhands et l'équipe Disney avait entraîné des tiraillements et des concessions qui empêchent le film de trouver souffle et ancrage. Une armée de techniciens a pourtant travaillé sur cette Alice dont le générique tient du roman-fleuve.

Bien évidemment, certains éléments sont réussis — combinez Burton et Alice, il en sort nécessairement quelque chose. Les animaux sont souvent merveilleux, tant le lapin à la montre que la chenille fumante, ou le terrifiant Jabberwocky. Johnny Depp, éternel collaborateur de Tim Burton, est craquant en chapelier fou et Helena Bonham Carter, au crâne surdimensionné, se révèle saisissante en reine de coeur coupeuse de têtes, reléguant à l'insignifiance Anne Hataway, reine blanche trop fade. Tweedledee et Tweedledum, les gros jumeaux stupides, apparaissent un peu lourds, mais hilarants.

Décors et costumes (des soldats de l'armée rouge parfaits) sont en général complètement éclatés. La chute dans le terrier, le jeu des têtes coupées flottant dans la rivière autour du château, la partie de croquet chez la reine rouge, sont saisissants. Le chat du Cheshire, avec ses grands yeux attendrissants, a tout d'une créature Disney et pas grand-chose de Burton. Beaucoup de beauté visuelle est au rendez-vous, mais ça cloche. La magie n'opère guère.

Le film rencontre des problèmes de rythme, avec des longueurs, un manque de punch et des ruptures de ton. L'idée de choisir une adolescente (Mia Wasikowska, sans grand charisme) pour incarner une Alice de retour de l'autre côté du miroir après avoir repoussé la demande en mariage d'un abruti, n'est pas des plus heureuses. La jeune actrice semble là pour apporter du sex-appeal au personnage, avec de jolies robes et de charmantes mimiques, dénaturant le climat des contes de Carroll, ode à l'imagination pure au royaume de l'enfance. Un dénouement raté à saveur féministe s'éloigne carrément des eaux du fantastique.

Par-delà d'imposants effets spéciaux — les acteurs jouaient souvent devant un écran vert et le reste relève d'effets numériques —, le 3D n'est pas pleinement utilisé et loin s'en faut. D'ailleurs, le film fut tourné en deux dimensions puis reconverti. Il peut aussi bien être vu en 2D, d'où sans doute la décision de Disney de le diffuser sur dvd avant échéance, car le succès en salle n'est pas assuré à très long terme pour cette Alice en quête de sens.

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Alice in Wonderland (Alice au pays des merveilles)
Réalisation: Tim Burton. Scénario: Linda Woolverton d'après les romans de Lewis Carroll Alice's Adventure in Wonderland et Through the Looking Glass. Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Helena Bonham Carter, Anne Hataway, Crispin Glover, Matt Lucas. Image: Dariusz Wolski. Musique: Danny Elfman. Montage: Chris Lebenzon.