Un homme de principe

Daniel Ellsberg dénonçait les horreurs de la guerre du Vietnam.
Photo: Cinéma du parc Daniel Ellsberg dénonçait les horreurs de la guerre du Vietnam.

Il était la bête noire du président Richard Nixon, qui ne se privait jamais de le qualifier de «son of a bitch» entre les murs (tapissés de micros par ses bons soins!) du bureau ovale. L'emmerdeur en question se nomme Daniel Ellsberg et, au début des années 1970, cet homme n'avait rien d'un pacifiste idéaliste avec des fleurs dans les cheveux. Ce brillant diplômé de Harvard, ancien marine et proche conseiller du secrétaire à la Défense Robert McNamara, en savait long sur les opérations militaires du gouvernement américain. Il ira même au Vietnam constater de ses propres yeux, et sur le terrain, la tragédie quotidienne qui se jouait là-bas, un massacre à la fois.

Cette visite au coeur des ténèbres ne sera pas la seule illumination de cet employé du Pentagone, ce «war thinker» qui prendra peu à peu conscience que cette guerre, et d'autres avant elle, fut justifiée grâce à des mensonges savamment orchestrés. Ceux-ci tiennent dans près de 7000 pages classifiées «top secret», qu'Ellsberg va photocopier, avec ses deux enfants, pendant des nuits entières, pour ensuite les livrer aux médias après le refus poli de politiciens frileux.

C'est cette incroyable aventure que les documentaristes Judith Ehrlich et Rick Goldsmith relatent dans The Most Dangerous Man in America: Daniel Ellsberg and the Pentagon Papers. Et qui de mieux pour raconter cette histoire que le héros lui-même, Ellsberg étant ici le narrateur et la vedette de cette période charnière de son histoire personnelle, et celle de toute une nation?

La divulgation de ces informations sensibles sur les stratégies gouvernementales en juin 1971 aura l'effet d'une bombe — c'est le cas de le dire! —, mais pas vraiment auprès des électeurs qui, un an plus tard, vont reporter Nixon au pouvoir malgré ce dossier accablant, pour lui et pour ses prédécesseurs. Or les méthodes utilisées pour discréditer Ellsberg devant le tribunal, comme le vol de son dossier personnel dans les bureaux de son psychanalyste, mettront la puce à l'oreille de ceux qui ont vu là d'étranges similitudes avec le cambriolage des bureaux du Parti démocrate dans l'édifice Watergate... Comme l'expliquent d'autres protagonistes de cette affaire hors du commun, Ellsberg agissait par principe, par respect pour le peuple américain, mais il n'aurait jamais cru qu'il allait planter le premier clou du cercueil de Nixon. Son but était d'arrêter une guerre inutile, barbare, coûteuse et injustifiée — c'est fou comme l'Histoire se répète —, pas d'accélérer la déchéance d'un président impérial et paranoïaque.

Celui que Henry Kissinger avait baptisé, sans même une once d'ironie, «a dangerous man», se livre ici avec sincérité, et parfois les larmes aux yeux. Sa soif de vérité est mise en lumière par deux documentaristes qui en retracent avec efficacité les difficultés, les contradictions et les méandres.

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The Most Dangerous Man in America: Daniel Ellsberg and the Pentagon Papers
Réalisation: Judith Ehrlich et Rick Goldsmith. Scénario: Lawrence Lerew, Michael Chandler, Judith Ehrlich, Rick Goldsmith. Image: Vicente Franco. Montage: Michael Chandler, Lawrence Lerew, Rick Goldsmith. Musique: Blake Leyh. États-Unis, 2009, 94 min. Présenté en exclusivité au cinéma du Parc.

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