Entrevue - Une invitation à briser les préjugés

La cinéaste Mona Achache et la jeune Garance Le Guillermic
Photo: Alliance La cinéaste Mona Achache et la jeune Garance Le Guillermic

Dans Le Hérisson, premier long métrage de la Française Mona Achache, la valeur cachée des êtres se voit révélée par les liens du hasard. Il prendra l'affiche vendredi prochain en salle.

Il y eut d'abord le coup de coeur de la jeune cinéaste Mona Achache pour le best-seller L'Élégance du hérisson, de Muriel Barbery. Suivi d'un désir éperdu: obtenir les droits d'adaptation cinématographique chez Gallimard.

Pas évident lorsque d'au-tres réalisateurs sont de la course et qu'on n'a que des courts métrages à sa propre feuille de route... Mais elle et sa productrice se montraient si emballées et convaincantes que Gallimard leur a donné le feu vert.

Mona Achache dit s'être laissé d'abord séduire par le jeu de ces rencontres impossibles que le sort réserve, également par l'ouverture d'esprit véhiculée dans le bouquin: cette invitation à briser les préjugés, pour voir au-delà.

Rappelons que l'histoire repose à Paris sur un trio de personnages excentriques dans un immeuble: la concierge Renée (Josiane Balasko), une lettrée aux allures d'ourse; Paloma (Garance Le Guillermic), une petite fille surdouée et suicidaire; et le nouveau voisin Kakuro Ozu (Togo Igawa), cultivé et exotique. Chacun se métamorphose au contact de l'autre. Madame Michel cache derrière sa vie banale un raffinement secret et cette petite fille si intelligente est au bord du gouffre dans cet immeuble devenu bocal.

Pour ses premières armes au long métrage, Mona Acha-che avait des appréhensions: «J'avais peur que cette histoire émouvante ne verse à l'écran dans le pathos.» Elle a choisi de faire alterner le point de vue de la concierge et celui de la petite fille, sans donner préséance à l'une ou l'autre.

Dès le départ, la cinéaste voyait Josiane Balasko dans la peau de la concierge, mais elle craignait un refus. «Sans Josiane, qu'aurais-je fait? demande-t-elle. Quelle autre comédienne pouvait se ficher à ce point des apparences? Après son "oui", je me suis demandé quel espace elle occuperait sur un tournage. En fait, Josiane vécut comme des vacances le fait de jouer dans un film qu'elle ne réalisait pas.»

La poésie et le rire

Josiane Balasko, ex-prêtresse de la troupe du Splendid, actrice mythique et cinéaste notamment de Gazon maudit, précise avoir été fascinée par son personnage à contre-courant de tous les stéréotypes: la concierge au double visage. «Renée ignore posséder des trésors en elle et éprouve un choc lorsque d'autres les lui révèlent. Ce fut un rôle agréable à jouer: ni exotisme, ni sexe, ni coups de théâtre. Juste une femme qui découvre sa féminité. C'est moi qui ai eu l'idée de lui donner des sourcils bas, qui ne laissent rien transparaître de son intériorité.»

Mona Achache ne désirait pas faire une transposition hollywoodienne ni une adaptation trop serrée, mais remplacer les mots par des images et des sons, en mettant l'accent sur le côté onirique, la poésie et le rire. «Dans le roman, la petite fille écrit son journal. Au cinéma, mieux valait la faire dessiner et lui donner une caméra vidéo, pour dynamiser et créer des éléments visuels.»

«Extérieur art nouveau, intérieur réinventé en studio, j'ai obtenu les meilleurs décors, les meilleures conditions de tournage possibles», ajoute la cinéaste, en précisant avoir rencontré 200 petites candidates pour le rôle de Paloma.

Togo Igawa, grand acteur nippon (Le Dernier Samouraï, Mémoires d'une geisha), éprouvait une crainte folle: jouer en français. Il devait apprendre phonétiquement ses lignes, mais s'amusa à enseigner de son côté des phrases en japonais à la petite Garance.

Le Hérisson fut coupé au montage, car la cinéaste s'est recentrée sur les trois personnages principaux et des figures secondaires furent sacrifiées. Quoi qu'il en soit, Le Hérisson a connu un certain succès en France, et Mona Achache se lance à l'assaut d'un autre projet: portrait de trois femmes de générations différentes.