Cinéma - Le moine et les Vikings

L’esthétique en deux dimensions de Brendan et le secret des Kells n’a pas la flamboyance aveuglante de certaines productions hollywoodiennes, mais ce patient et méticuleux travail d’artisan éblouit par son raffinement chatoyant.
Photo: Mongrel Media L’esthétique en deux dimensions de Brendan et le secret des Kells n’a pas la flamboyance aveuglante de certaines productions hollywoodiennes, mais ce patient et méticuleux travail d’artisan éblouit par son raffinement chatoyant.

Dans la course aux Oscar, le premier long métrage du jeune cinéaste irlandais Tomm Moore, Brendan et le secret des Kells, ressemble à une anomalie, par ailleurs fort jolie. Ses adversaires dans la catégorie du meilleur film d'animation, tous made in USA (on compte entre autres Up et Coraline), affichent une opulence devant laquelle cette coproduction européenne ne pourrait que s'incliner.

Pourtant, Tomm Moore possède lui aussi, et en abondance, une chose peu coûteuse: des trésors d'imagination au service d'un récit pas banal, au coeur de l'Irlande du IXe siècle pétrifiée par la peur des envahisseurs vikings et trop souvent noyée dans le sang des innocents. Voilà déjà un pari fort audacieux pour un film qui s'adresse tout autant aux enfants qu'à leurs parents, offrant un portrait du Moyen Âge qui tranche avec la vision kitsch, et idéalisée, des médiévalistes de fin de semaine.

Dans une abbaye fortifiée, le jeune Brendan ne cache plus son attrait pour la forêt environnante, un lieu qui lui est interdit par son oncle, chef de cette enclave. L'arrivée du frère Aidan, un maître enlumineur, un de ceux qui ornent les pages des livres recopiés avec patience par les moines du temps, va bousculer les certitudes de Brendan, l'amenant à désobéir pour mieux découvrir un monde féerique, luxuriant mais aussi terrifiant. Sans compter que les Vikings ne se laisseront pas impressionner par les murailles construites par ce petit groupe de religieux épuisés.

Entre des descriptions historiques d'une belle acuité et les fantaisies débridées des légendes celtiques, Brendan et le secret des Kells amalgame ces deux mondes avec un brio évident à chaque plan. Certes, l'esthétique en deux dimensions n'a pas la flamboyance aveuglante de certaines productions hollywoodiennes, mais ce patient et méticuleux travail d'artisan éblouit par son raffinement chatoyant. Pour tout dire, les escapades en forêt n'ont rien à envier à celles qui tapissent une superproduction comme Avatar.

On reproche parfois aux distributeurs de céder un peu vite à la facilité cinématographique lorsque se présente la semaine de relâche des écoliers. Ceux qui voudront s'offrir un divertissement de haute tenue, qui célèbre l'amour des livres avec un éclat fabuleux, suivront sans attendre l'espiègle Brendan. Un enfant de son époque, et un peu de la nôtre.

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Brendan et le secret des Kells
Réalisation: Tomm Moore.
Scénario: Fabrice Ziolkowski. Montage: Fabienne Alvarez-Giro. Musique: Bruno Coulais.
France-Belgique-Irlande, 2008, 75 min.

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Collaborateur du Devoir