Cinéma - Pas très méchant

Selon certains, Amélie Poulain, petite Parisienne à la bonté contagieuse, était sûrement trop aimable pour être honnête. Les cinéastes Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit semblent de cet avis si l'on en juge par le calque déformé qu'ils font de l'héroïne de Jean-Pierre Jeunet dans Vilaine.

Celle-ci se surnomme Mélanie Lupin (Marilou Berry dans un rôle victimaire devenu routinier), et ses mésaventures sont narrées par la voix caverneuse de Jean-Claude Dreyfus. Or voilà, Mélanie n'en peut plus de semer le bien puisqu'elle ne récolte que mépris ou indifférence de la part de sa mère, de son patron et de ses copines. Tout cela pourrait changer puisque cette fille bien en chair, et mal dans sa peau, croit avoir découvert le grand amour sur Internet. Il ne s'agissait en fait que d'une vaste supercherie, une de plus, orchestrée par sa cousine (Frédérique Bel), la vipère en chef. Mélanie décide alors d'embrasser un nouveau métier: emmerdeuse de haut niveau.

Les bonnes comédies reposent souvent sur des concepts bétonnés, et une suite de variations étonnantes. Vilaine s'appuie justement sur une prémisse amusante, pleine de promesses légèrement acidulées, mais, avant même le fil d'arrivée, tout cela s'écrase. Les artifices empruntés à Jeunet — forcément moins maîtrisés et moins spectaculaires —, une direction artistique appliquée et quelques personnages colorés, dont celui de la toujours blonde Frédérique Bel, ne suffisent pas à masquer la minceur des intentions. Les deux cinéastes cherchent même à la cacher sous une tonne de comportements hystériques, certaines figures secondaires usant leurs cordes vocales pour mieux épuiser nos dernières réserves de patience.

Plus bébête que provocateur, mordant dans les clichés pour mieux s'y casser les dents, Vilaine est loin d'éblouir par sa méchanceté factice. Au final, c'est à ranger pas très loin de l'endroit où l'héroïne se débarrasse de son chat...

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Vilaine
Réalisation et scénario: Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit. Avec Marilou Berry, Frédérique Bel, Pierre François Martin-Laval. Image: Régis Blondeau.
Montage: Antoine Vareille.
Musique: Christophe Julien.
France, 2009, 93 min.

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Collaborateur du Devoir