Cinéma - Le goût amer du vrai

L’Affaire Coca-Cola a été tourné sur une longue période et aux quatre coins des Amériques.
Photo: Argus films, ONF L’Affaire Coca-Cola a été tourné sur une longue période et aux quatre coins des Amériques.

Le goût du vrai a parfois un goût bien amer... C'est la démonstration percutante que proposent Germán Gutiérrez et Carmen Garcia, deux habitués du documentaire engagé (L'Effet boeuf, Qui a tiré sur mon frère?), dans L'Affaire Coca-Cola. Ce qui pétille le plus ici, ce sont les secrets, les assassinats, les manipulations et les procédures judiciaires interminables.

C'est pourtant ce qu'il en coûte pour un petit groupe de syndicalistes, d'avocats et de militants qui décide de s'attaquer à la multinationale des boissons gazeuses. Celle-ci ne supporte pas la vue des syndicats et, si elle les tolère en Amérique du Nord, il en va tout autrement dans l'hémisphère Sud; en Colombie depuis 2002, on recense près de 500 assassinats d'ouvriers luttant pour de meilleures conditions de travail, des exigences en rien extravagantes quand on considère la misère dans laquelle ils pataugent...

Les deux documentaristes relatent l'histoire d'un combat que certains jugeront perdu d'avance. Ce n'est pourtant pas ce que croient les avocats américains David Kovalik et Terry Collingsworth ainsi que le militant Ray Rogers, trois vieux routiers de la défense des droits des travailleurs, portés par un idéal qu'ils souhaitent contagieux. Et pour que la bonne nouvelle se propage, ils n'hésitent pas à traîner en cour des dirigeants qui utilisent toutes les tactiques de diversion afin de laisser pourrir les choses dans les antichambres des tribunaux, mais s'inquiètent de plus en plus des effets nocifs — pour les ventes mais aussi pour leur image — de la campagne de boycottage Stop killer Coke.

Le film n'offre aucune approche «équilibrée» ou faussement objective des forces en présence. La caméra est constamment collée aux talons des trois mercenaires de la justice sociale, David Kovalik, au prénom prédestiné, étant le véritable héros de ce dédale politique, judiciaire, voire criminel. Tourné sur une longue période et aux quatre coins des Amériques, le film illustre tous les rouages de la culture de l'opacité de cette compagnie, mais aussi la volonté farouche de quelques individus désireux de changer les choses, un procès et une manifestation à la fois.

Devant ce constat toujours captivant et riche en enseignements sur la nature parfois perverse du capitalisme, L'Affaire Coca-Cola donne le goût du vrai. Mais il ne faut pas le chercher au fond d'une bouteille.

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L'Affaire Coca-Cola
Réalisation et scénario: Germán Gutiérrez et Carmen Garcia. Image: Germán Gutiérrez.
Montage: Elric Robichon. Musique: Olivier Alary. Canada, 2009, 86 min.

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Collaborateur du Devoir