Difficile adaptation

Jacques Godin dans La Dernière Fugue, de Léa Pool
Photo: Films Séville Jacques Godin dans La Dernière Fugue, de Léa Pool

Le thème de l'accompagnement vers une mort annoncée est dans l'air du temps, tandis que la question de l'euthanasie revient hanter nos sociétés. Léa Pool a adapté ici le roman de Gil Courtemanche Une belle mort, sous le titre La Dernière Fugue.

L'adaptation eût gagné à se détacher davantage du roman pour jouer d'ellipses. Gil Courtemanche a coscénarisé le film avec Léa Pool, ce qui semble avoir empêché la sensible cinéaste d'Anne Trister et de Maman est chez le coiffeur de se l'approprier pleinement en le traduisant en pur langage cinématographique. La Dernière Fugue se révèle un film complexe avec de beaux éléments, avant tout les acteurs principaux, des moments de grâce, surtout en dernière partie, mais une lourdeur générale venue des trop nombreux intervenants, qui l'empêche longtemps de prendre son envol malgré la caméra de Pierre Mignot, attentif à rendre regards et malaises entrecroisés. La musique est par ailleurs trop appuyée.

Yves Jaques incarne avec finesse le fils comédien en relation d'amour-haine avec son père, marchant en funambule sur le fil du rasoir. Jacques Godin apparaît très crédible en homme vieillissant, brisé par la maladie de Parkinson, dont la voix et le corps ne répondent qu'à moitié. La présence d'Andrée Lachapelle, lumineuse en épouse dévouée et épuisée qui épaule son vieux compagnon tout en tâchant d'apaiser les tensions familiales, parvient à tendre parfois le film du côté de la délicatesse. Aliocha Schneider, dans la peau de l'adolescent, tire bien son épingle du jeu. Coproduction, La Dernière Fugue se voit parfois desservie par la présence d'acteurs luxembourgeois, avant tout l'époux de la banquière, qui détonne carrément avec un jeu excessif.

L'action se déroule principalement autour d'une table de Réveillon et de Nouvel An, où les enfants, leurs conjoints et leur progéniture sont séparés en deux clans. Les uns cherchent à empêcher leur père de faire tout excès pour prolonger sa vie; les autres sont en faveur d'une existence remplie de plaisirs, quoique écourtée. En demeurant trop collée aux deux repas de famille du roman, le film, tissé de rancoeurs et de tensions en interférences constantes, finit par manquer d'air. La Dernière Fugue aurait gagné à s'ouvrir dans l'éclatement des lieux, à l'intérieur ou pas d'une même maison. L'action étouffe trop souvent, malgré les flash-back, sous forme de films Super-8 témoins d'un bonheur familial qui pose pour la caméra et cache des secrets moins nobles.

La seconde partie du film, en posant frontalement les grandes questions des choix de vie et de mort et en se resserrant autour des quatre protagonistes principaux (papa, maman, grand fils et petit-fils), gagne en dynamisme et en charge émotive.

Le dénouement, qui dans le roman était quand même succinct, devient ici beaucoup plus frontal et choquant. La simple phrase prononcée par Andrée Lachapelle aurait suffi, avec le noir autour pour laisser planer tous les possibles. Une même fin, acceptable en littérature, soulève des questions éthiques très graves quand le son et l'image s'en mêlent.

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La Dernière Fugue
Réalisation: Léa Pool. Scénario: Léa Pool et Gil Courtemanche, d'après son roman Une belle mort. Avec Jacques Godin, Andrée Lachapelle, Yves Jacques, Aliocha Schneider. Image: Pierre Mignot. Montage: Michel Arcand. Musique: André Dziezuk, Marc Mergen et Lingo.