Ce qui reste de la guerre

Dans The Messenger, Woody Harrelson et Ben Foster ont la dure tâche d’annoncer aux parents la mort au combat de leur fils ou de leur fille.
Photo: Alliance Dans The Messenger, Woody Harrelson et Ben Foster ont la dure tâche d’annoncer aux parents la mort au combat de leur fils ou de leur fille.

Un scénario solide fondé sur un phénomène dramaturgiquement très fort. Des dialogues naturels, qui vont droit au but. Des acteurs de talent qui s'oublient dans leurs rôles. Une mise en scène un peu plus inspirée et ambitieuse aurait sans doute élevé The Messenger au rang des grands films.

Qu'à cela ne tienne, ce premier long métrage du scénariste Oren Moverman (Married Life, I'm not There) atteint sans difficulté le plateau des bons films. Sur la guerre, sans la guerre, comme avant lui Stop-Loss de Kimberly Peirce et In the Valley of Elah de Paul Haggis.

The Messenger parle en effet de ce qui reste de la guerre à l'intérieur d'un homme qui en revient. Son personnage central, admirablement défendu par le méconnu Ben Foster (X-Men: The Last Stand), a vu le pire en Irak, en est revenu avec un oeil (organe de la culpabilité) amoché et plus que trois mois à servir. Son supérieur le confie à un capitaine (Woody Harrelson, candidat à l'Oscar du second rôle masculin) afin que, dans l'intervalle, le jeune homme sans famille s'acquitte avec lui de la tâche la plus difficile qui soit: annoncer aux parents la mort au combat de leur fils ou de leur fille.

Le scénario documente patiemment le protocole très sophistiqué qui entoure cette procédure, à travers une série de situations. Celles-ci exposent le jeune soldat et, par son intermédiaire, les spectateurs à tout un éventail de situations douloureuses, allant de l'hystérie à l'abattement, en passant par la rage et le refoulement. Parallèlement, Moverman raconte au fil des jours, des semaines, le parcours intime de ces deux «messagers» outsiders, le jeune auprès d'une veuve (Samantha Morton, parfaite) à qui il a annoncé le pire, son supérieur avec l'alcool, auquel il avait pourtant renoncé.

Moverman confond cependant intimisme et proximité. Afin de donner l'impression du premier, il filme ses personnages en gros plans, les agglutine dans le cadre. Mais l'effet d'étouffement et de claustrophobie recherché ne se produit pas. Parce que le scénario est télégénique, c'est-à-dire fortement axé sur les dialogues, la mise en scène tient presque du malentendu formel. Alors que les dialogues affûtés et les interprètes de qualité tirent le film vers le haut. Après quelques années de pénitence imposée, Woody Harrelson revient en grande forme au centre de l'image. Comme il est pourvu des meilleures répliques, son interprétation reste la plus remarquée du lot. Mais Samantha Morton et Ben Foster, au jeu plus intériorisé, défendent avec intelligence une partition plus difficile.

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The Messenger
Réalisation: Oren Moverman. Avec Ben Foster, Woody Harrelson, Samantha Morton, Jena Malone, Steve Buscemi, Yaya DaCosta. Scénario: Alessandro Camon, Oren Moverman. Photographie: Bobby Bukowski. Montage: Alex Hall.

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Collaborateur du Devoir