Cinéma - Les Productions Virage sont en faillite

Les Productions Virage, fondées en 1985 par le cinéaste Marcel Simard, se sont placées sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Le Groupe Fuller Landau inc. est le syndic chargé du dossier. Monique Simard, aujourd'hui à la tête du programme français de l'ONF, avait été productrice et vice-présidente de la compagnie entre 1998 et 2008 aux côtés de son compagnon Marcel.

Parmi les films produits par les Productions Virage, citons Des marelles et des petites filles de Marquise Lepage, À hauteur d'homme de Jean-Claude Labrecque, La femme qui ne se voyait plus aller (sur Micheline Charest) de Francine Pelletier. Cinquante-six créanciers non garantis, dont l'ONF (49 000 $), Téléfilm Canada (14 800 $), l'Équipe Spectra (plus de 74 000 $), mais aussi plusieurs contractuels, sont du lot. Le créancier garanti est la Banque Royale de la Place Ville-Marie (876 112 $).

La faillite monte à 1,8 million de dollars et une assemblée de créanciers est prévue le 3 mars.

«C'est le coût accru du documentaire qui nous accule à la ruine, précise Marcel Simard. Les frais administratifs sont devenus astronomiques. On ne peut faire de films sans emprunter d'argent aux banques, qui ont beaucoup compliqué nos conditions de travail.»

Rappelons que Les Productions Virage s'étaient associées en avril 2009 avec l'Équipe Spectra dans une nouvelle société appelée Spectra Virage Média, codirigée par Marcel Simard et Luc Châtelain de Spectra. Les bureaux de Virage avaient alors déménagé leurs pénates dans les locaux de Spectra. La nouvelle société roule. Quant à l'ancienne structure, elle devait fermer de toute façon, mais sans couler, espérait son directeur. En vain.

Des pigistes, artisans et techniciens n'ont pas été payés et grognent, furieux de voir Virage survivre dans un nouveau cadre, alors qu'ils perdent leur mise. Marcel Simard aurait essayé le plus longtemps possible de boucler ses anciens projets et de payer son monde après avoir fermé sa boîte. Il cherche de nouvelles pistes de solution.

«On va essayer de favoriser les artisans qui n'ont pas été payés, en les intégrant dans nos projets, précise Luc Châtelain. Nous n'avons pas racheté la dette, mais prêté de l'argent aux Productions Virage, et l'équipe Spectra compte parmi les créanciers de la faillite.»

Spectra Virage Media va enfanter de nouveaux documentaires dont, ironie du sort, un qui sera intitulé Rendre des comptes d'Hélène Pichette.

On ignore ce qu'il adviendra du catalogue (100 films) des Productions Virage. Qui seront les ayants droit? «Une partie appartient à Films en vue, une autre à Virage, des dispositions pourraient me permettre de racheter les films», précise Marcel Simard.

Luc Châtelain explique que Virage n'est pas la première compagnie de documentaire à éprouver des difficultés, et sans doute pas la dernière non plus, avec les orientations du nouveau fonds des Médias du Canada et les fenêtres documentaires de moins en moins présentes au petit écran. «Quand une boîte aussi engagée que Virage se retrouve dans cette situation, c'est que ça va mal pour le documentaire... », estime-t-il.

«C'est effectivement une catastrophe pour le documentaire, renchérit Marcel Simard. Les budgets de ces films vont baisser de plus en plus, avec les coupures fédérales. L'avenir du genre m'apparaît très sombre.»