Drôle et doux parfum d'époque

Le Petit Nicolas, avec Valérie Lemercier, Maxime Godart et Kad Merad
Photo: Films séville Le Petit Nicolas, avec Valérie Lemercier, Maxime Godart et Kad Merad

Nicolas, cette charmante créature de l'enfance, et des années 1950, ne souhaite qu'une seule chose: ne pas changer de vie. Le célèbre personnage de René Goscinny et de Jean-Jacques Sempé n'ignore pas que ce désir est impossible, tout comme sans doute les cinq millions de spectateurs français qui ont fait la fête à la splendide adaptation de Laurent Tirard (Mensonges, trahisons et plus si affinités, Molière).

Mais devant le monde du Petit Nicolas, celui des confitures, des banlieues proprettes et des mamans enchaînées à leur tablier, beaucoup souhaiteraient arrêter le temps, voire revenir en arrière. Pendant 90 minutes réglées au quart de tour avec un soin exemplaire, ce fantasme devient réalité.

Ce petit garçon espiègle qui pose sur ses contemporains un regard à la fois tendre et féroce aime donc les choses simples et immuables. C'est pourquoi Nicolas (Maxime Godart, la vraie bouille de l'emploi) ne saute pas de joie lorsqu'il croit que sa mère (Valérie Lemercier, un supplément d'âme à la rescousse d'un archétype) est enceinte. Il s'agit pourtant d'une simple méprise, alimentée par les rêveries, et les complots, du père (Kad Merad, une candeur craquante) pour obtenir les bonnes grâces salariales de son patron. Qu'à cela ne tienne: entre deux leçons de la charmante maîtresse (gracieuse Sandrine Kiberlain), Nicolas et quelques camarades de classe — une bande baptisée... les Invincibles! — vont élaborer les stratagèmes les plus farfelus pour se débarrasser du futur indésirable.

Cette petite conquête de la place unique dans le coeur, et le foyer, des parents de Nicolas se mélange à une suite d'incidents cocasses, sans liens directs, puisés dans l'oeuvre abondante de Goscinny-Sempé. De la visite du ministre de l'Éducation à la tyrannie d'une institutrice remplaçante, ce récit au rythme jamais fléchissant capte tout à la fois le parfum d'une époque et l'insouciance de gamins qui allaient devenir pas mal plus turbulents dans les années 1960...

L'effet nostalgie fonctionne ainsi à plein régime, Le Petit Nicolas donnant à voir une société lisse et conformiste, où les femmes affichent une élégance irréprochable même dans leur cuisine. Laurent Tirard a tout de même insufflé une légère brise d'émancipation autour de la figure de la mère. Or ses leçons de conduite automobile, petit morceau d'anthologie, et ses efforts intellectuels pour impressionner l'épouse du patron de son mari, qui n'en demande pas tant, la ramènent irrémédiablement à ses casseroles. Au grand bonheur de Nicolas, réfractaire aux changements, comme chacun le sait.

Pour bien marquer les origines graphiques de cet univers rassurant, rigolo et toujours plein d'esprit, le générique d'ouverture accorde toute la place à l'art de Sempé, véritable petit exposé d'une virtuosité étourdissante. Après ce bel exploit visuel, loin de s'écraser ou de décevoir, Le Petit Nicolas version Laurent Tirard représente l'exemple même d'une relecture tout à la fois fidèle, astucieuse et joyeusement facétieuse. Parfois pour les petits, et encore plus pour les grands.

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Le Petit Nicolas
Réalisation: Laurent Tirard. Scénario: Laurent Tirard, Grégoire Vigneron, d'après l'oeuvre de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé. Avec Maxime Godart, Valérie Lemercier, Kad Merad, Sandrine Kiberlain. Image: Denis Rouden. Montage: Valérie Deseine. Musique: Klaus Badelt. France-Belgique, 2009, 90 min.

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Collaborateur du Devoir