Un cri de révolte tout en nuances

Un des films les plus sensibles de l'année porte la griffe de la Britannique Andrea Arnold, couronnée en mai dernier du Prix du jury à Cannes, comme le fut son précédent Red Road en 2006. Vrai bijou, que ce Fish Tank! On disserte souvent sur l'existence de la griffe féminine, mais celle d'Andrea Arnold est vraiment perceptible dans la finesse des profils, comme dans cette façon d'en montrer le moins possible en disant tout à la fois. Le portait qu'elle trace de Mia, une adolescente rebelle qui assène jurons et coups, rétive au dressage sous toutes ses formes, incarnée par la débutante Katie Jarvis, éblouit par son acuité.

Mia vit avec sa mère alcoolique (Kierston Wareing) et sa petite soeur (Rebecca Griffiths), laquelle, sur le mode comique, rivalise avec l'aînée dans le concours d'injures. En fond de scène: une banlieue londonienne sans âme, faubourg fangeux, élément déjà fort dans Red Road, comme ces personnages de la marge. Tout chez l'adolescente rebelle, renvoyée de l'école, menacée d'enfermement dans un établissement spécialisé, constitue un cri de révolte. Son langage de charretier exprime le contraire de ce qu'elle veut dire, alors qu'un éclair de mélancolie dans l'oeil vient traverser l'orage.

Les rêves de liberté de Mia s'expriment par sa compassion pour une vieille jument que des gitans affament sur un terrain vague et par son amour pour la danse hip-hop, pratiquée en solitaire, jusqu'à ce que le nouvel amant de sa mère, fort séduisant (Michael Fassbender), vienne transformer sa vie en l'entraînant sur des rives émotives inquiétantes.

La musique, cette caméra de promiscuité, ce montage serré épousent la montée du dérapage et du choc de la réalité médiocre. Katie Jarvis, qui n'avait jamais joué ni dansé de sa vie, apporte au personnage central une force brute craquant sous l'écorce. Andrea Arnold, grande directrice d'acteurs, tire le maximum de chaque interprète. Tant Fassbender que Kierston Wareing dans la peau de la mère, mi-femme brisée, mi-midinette amoureuse, ou la petite Rebecca Griffiths, d'un naturel fou en petite sacripante, tiennent la note juste.

La tension sexuelle, rendue à coups de fins détails — des battements de coeur, des attouchements faussement innocents —, circule entre la jeune fille et cet homme rempli d'énergie, avant la chute des masques et la perte des illusions.

Plusieurs scènes constituent de purs moments de grâce: une partie de pêche à la Renoir met en place toutes les mécaniques d'un abus de confiance. Un rapt d'enfant tire le film du côté du drame, mais la danse finale de réconciliation, fabuleuse, ouvrant sur l'âge adulte soudain investi, se révèle un sommet d'intuition supérieure.

***

Fish Tank
Réalisation et scénario: Andrea Arnold. Avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, Kierston Wareing, Rebecca Griffiths, Harry Treadaway, Jason Maza, Brooke Hobby. Image: Robbie Ryan. Montage: Nicolas Chaudreuse.

***

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 21 février 2010 11 h 17

    «Le portrait» et non «Le portait»

    Petite coquille.