Entretien avec le producteur Renzo Rossellini dans le cadre des RVCQ - Leçons de cinéma, leçons d'humanisme

On pourrait croire que le fils de Roberto Rossellini allait forcément devenir cinéaste à part entière. Son sens critique en a décidé autrement.
Photo: RVCQ On pourrait croire que le fils de Roberto Rossellini allait forcément devenir cinéaste à part entière. Son sens critique en a décidé autrement.

Renzo Rossellini avait encore la couche aux fesses lorsque son père, le célèbre Roberto Rossellini, tournait Rome, ville ouverte (1945) dans les rues de la capitale italienne avec la sublime Anna Magnani. Le chemin du cinéma semblait alors tout tracé pour celui qui deviendra, dans les années 1960, son assistant et plus tard son producteur; leur association durera jusqu'à la mort de son père en 1977.

Le fils, donc, sera à Montréal dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ) et, contrairement à bien des enfants de parents illustres, parler de son père, de son oeuvre immense, n'a rien d'une corvée pour lui. Renzo Rossellini n'a pourtant pas à rougir d'une fructueuse carrière de scénariste, de professeur et surtout de producteur. Car son nom figure au générique de films aussi prestigieux que Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman, Identification d'une femme de Michelangelo Antonioni et La Nuit de Varennes d'Ettore Scola.

Longue carrière

Lors de notre conversation téléphonique, Renzo Rossellini, joint à son bureau de Rome, relativise le caractère impressionnant de cette liste non exhaustive. «Comme toutes les vieilles personnes, ma carrière est longue!», dit-il le sourire dans la voix. Mais n'a-t-il pas aidé à la mise au monde de films importants? «Mise au monde, c'est un terme qui me plaît beaucoup. Comme disait Jean-Luc Godard, le cinéaste est la maman d'un film et le producteur, le papa. La mère est prête à tout accepter, mais le père doit être rigoureux. Moi, je disais oui au metteur en scène quand il avait raison et non quand je croyais qu'il avait tort. Mon défi était aussi de mettre tout l'argent possible devant l'écran et le moins possible derrière.»

On pourrait croire que le fils de Roberto Rossellini allait forcément devenir cinéaste à part entière. Son sens critique en a décidé autrement. «J'ai beaucoup travaillé avec mon père, surtout à l'époque où il tournait pour la télévision [dont le célèbre La Prise du pouvoir par Louis XIV, réalisé en France en 1967]. J'ai su reproduire son style, mais je n'avais pas le mien; voilà qui ne fait pas un bon metteur en scène. Et on ne peut pas devenir un bon être humain si on ne sait pas qui on est. C'est la véritable leçon donnée par mon père. De ce point de vue, j'ai eu un grand professeur.»

Ces qualités de coeur, Renzo Rossellini les partagera avec les cinéphiles montréalais, tout comme ses convictions, semblables à celles qui guidaient le réalisateur d'Europe 51. «Plus un film est coûteux, plus on dépend d'un système industriel qui nous écrase. Faire du cinéma avec des moyens simples, c'est apprendre la liberté. Mon père, né en 1906, a connu deux guerres mondiales et le fascisme. Il faisait du cinéma pour libérer l'homme des préjugés et de l'ignorance. Il savait aussi que de tourner avec des petits moyens et beaucoup d'idées, c'était à la fois une façon de bâtir une culture et d'aider les autres.»

De belles leçons de cinéma, et d'humanisme, en perspective.

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- Renzo Rossellini donnera une causerie ce lundi, 22 février, à 14h, à la Cinémathèque québécoise, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

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Collaborateur du Devoir