Dédé à travers les brumes part favori avec 10 nominations aux 12es Jutra

Anne Dorval, en lice pour le titre de meilleure actrice pour J’ai tué ma mère, et Xavier Dolan, lui-même cité quatre fois comme producteur, réalisateur, scénariste et acteur, étaient en compagnie de la présidente des Jutra, la comédienne Danielle Proulx, lors du dévoilement des nominations hier.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Anne Dorval, en lice pour le titre de meilleure actrice pour J’ai tué ma mère, et Xavier Dolan, lui-même cité quatre fois comme producteur, réalisateur, scénariste et acteur, étaient en compagnie de la présidente des Jutra, la comédienne Danielle Proulx, lors du dévoilement des nominations hier.

Côté nombre, c'est Dédé à travers les brumes de Jean-Philippe Duval, sur la vie de l'ancien Coloc Dédé Fortin (dix fois cité), et Grande Ourse, la clé des possibles, fable surréaliste de Patrice Sauvé (neuf nominations, catégories techniques), qui dominent la course aux prix Jutra, couronnant les meilleurs artisans du cinéma québécois.

Mais les joueurs de tête sont plutôt au nombre de cinq, cités à la fois pour le meilleur film et la meilleure réalisation: Dédé à travers les brumes, Polytechnique de Denis Villeneuve (sept nominations), J'ai tué ma mère de Xavier Dolan, 1981 de Ricardo Trogi (cinq) et Before Tomorrow de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu, remarquable fable inuite très peu vue, qui gagne ici une visibilité inespérée.

Grand virage cette année: les nominations aux Jutra sont effectuées par un jury. Auparavant, selon un mode plus universel, tous les membres des confréries (acteurs pour acteurs, réalisateurs pour réalisateurs, etc.) étaient appelés à voter. Un système vertement critiqué, car peu de votants avaient vu l'ensemble des films. Cette année, cinq concurrents plutôt que quatre s'affrontent dans chaque section. «On a viré de cap, avec d'excellentes raisons de le faire», commentait la présidente des Jutra, la comédienne Danielle Proulx. À suivre le 28 mars en direct du gala à la Tohu, avec Patrice L'Écuyer à l'animation, qui entend diriger le meilleur gala du monde.

Sous l'ancien système, Before Tomorrow ne se serait jamais rendu aussi loin, sans doute, et De père en flic, présent uniquement dans les catégories du meilleur acteur (Michel Côté) et du meilleur acteur de soutien (Rémy Girard), aurait été certainement mieux en selle. Rémy Girard se disait déçu par la sous-représentation de cette comédie si prisée du public.

Le tout jeune cinéaste Xavier Dolan, derrière son premier long métrage événement, voit son nom cité, fait sans précédent, quatre fois: comme producteur, comme réalisateur, comme scénariste et comme acteur. Il craignait que ses succès à l'étranger ne l'handicapent chez lui, mais le voici au poste dans de prestigieuses sections. L'âme de son film, Anne Dorval, en lice de son côté comme meilleure actrice, devrait l'emporter sur ses rivales.

Le gros de la partie devrait se jouer entre Polytechnique et J'ai tué ma mère. Suspense au sommet.

On s'attriste de l'absence de La Donation de Bernard Émond dans les deux sections principales. Les choix du jury demeurent néanmoins cohérents. «J'étais en colère chaque année contre les Jutra et je préfère un choix partial de jury qui a vu les films à celui de votes à l'aveuglette», commentait hier Denis Villeneuve.

Les Doigts croches atterrit dans les sections techniques, tout en valant à Ken Scott une citation au meilleur scénario, aux côtés de Xavier Dolan (favori), de Bernard Émond (La Donation), de Jean-Philippe Duval (Dédé), d'André Forcier et Linda Pinet (Je me souviens). À la demande des producteurs, Maxime Gaudette (le tueur de Polytechnique) atterrit dans la section meilleur acteur de soutien plutôt que dans celle de meilleur acteur, et pourrait l'emporter.

Enfin, on trouve aussi un bon choix de documentaires, avec Hommes à louer de Rodrigue Jean, Last Train Home de Luxi Fan, Silence, on vaccine de Lina B. Moreco, Antoine de Laura Bari, Une tente sur Mars de Martin Bureau et Luc Renaud.