Tragiques destins croisés

Johannes Krisch et Ursula Strauss dans Revanche, de Götz Spielmann
Photo: Source xz cinéma du parc Johannes Krisch et Ursula Strauss dans Revanche, de Götz Spielmann

Ne parlons pas ici de vague déferlante, mais à Montréal il est maintenant possible de goûter le meilleur du cinéma... autrichien. Pour certains, il se résume à Michael Haneke, dont on peut admirer en ce moment le remarquable Ruban blanc; pour d'autres, assez nombreux, cette cinématographie figure parmi les abonnés absents.

Rien n'est plus faux devant Revanche, de Götz Spielmann, un thriller psychologique d'une maîtrise étonnante, tissant des hasards avec une habileté digne du regretté Krzysztof Kieslowski. Les personnages de ce drame aux relents de tragédie grecque semblent non seulement incapables de défier la fatalité mais, peu importe leur environnement, qu'il s'agisse d'un quartier chaud de Vienne ou de la campagne bucolique, rien ne réussit à les protéger.

Rien non plus ne pouvait laisser croire que deux couples vivant dans des univers étanches finiraient par entremêler leurs destinées, et même un peu de leur bagage génétique... Alex (Johannes Krisch, puissant et énigmatique), l'homme à tout faire d'un bordel de Vienne, sait qu'il joue avec le feu en tombant amoureux de Tamara (Irina Potapenko), une prostituée d'origine ukrainienne, sans papiers et donc à la merci d'un patron tyrannique.

Robert (Andreas Lust), lui, se concentre surtout sur sa tondeuse et son jogging, policier plutôt fier de son pavillon de banlieue, tout comme son épouse Susanna (Ursula Strauss, émouvante de fragilité), un bonheur qui cache toutefois un malaise: le couple n'arrive pas à avoir d'enfants. Par la plus tragique des coïncidences, Alex et Robert vont se rencontrer: le premier vient de braquer une banque et veut fuir le pays en compagnie de Tamara, mais le policier en service tente de les intercepter, tuant la jeune femme par accident.

Désespéré, Alex trouve refuge chez son grand-père, un vieil homme tenant sa ferme à bout de bras, pouvant toutefois compter sur la présence d'une chaleureuse, et pieuse, voisine. Il s'agit de Susanna, qui ignore tout de cette brute taciturne... Revanche porte bien son titre, et tout semble en place pour un bain de sang, ou plutôt une petite hécatombe troublant la quiétude de ce coin de paradis, lumineux et luxuriant, l'opposé des ruelles sans joie et des appartements lugubres qui tapissent la première partie du film.

Mais ce n'est pas le défi premier du cinéaste, soucieux de fouiller la complexité et les contradictions de ses personnages et pas tant la mécanique implacable qui les a forcés à se côtoyer. Cette attention aux détails, patiente et soignée, est jumelée à une dextérité certaine à tromper nos attentes, et surtout à s'aventurer loin des lieux communs. Car la vengeance attendue n'est pas celle que l'on croit, et le châtiment ressemble à une condamnation à perpétuité dans une prison sans barreaux. S'agit-il d'une oeuvre représentative de la véritable vigueur de la cinématographie autrichienne? De l'étranger nous parvient souvent le meilleur, mais avec Götz Spielmann dans les parages, Michael Haneke n'est pas complètement seul.

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Revanche
Réalisation et scénario: Götz Spielmann. Avec Johannes Krisch, Ursula Strauss, Irina Potapenko, Andreas Lust, Hannes Thanheiser, Image: Martin Gschlacht. Montage: Karina Ressler. Autriche, 2008, 121 min. Présenté au Cinéma du Parc en v.o. avec s.-t.f. ou s.-t.a.

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Collaborateur du Devoir