Le théâtre factice du Petit Nicolas

Le Petit Nicolas de Laurent Tirard, le plus grand succès français de 2009, gagne nos salles le 19 février après avoir assuré la veille l'ouverture du Festival international du film pour enfants de Montréal.

Le Français Laurent Tirard a le vent dans les voiles. Non seulement réalisera-t-il le prochain Astérix, honneur que lui disputaient Thomas Langmann et Luc Besson, mais son Petit Nicolas a atteint en France des records de popularité (5,3 millions de spectateurs) en 2009 pour un film maison. Double exploit, puisque le film a également récolté un succès critique.

On lui devait déjà Molière, ainsi que Mensonges et trahisons. Mais c'est dans le registre jeunesse qu'il a fait cette année un malheur. Rencontré à Paris en janvier, Laurent Tirard trouvait au Petit Nicolas une portée universelle, d'où son succès. Lui-même a eu une enfance bercée par les torgnoles que les garçons se lançaient sur la tronche à l'école, avant de retrouver papa et maman.

Une France fantasmée

Les aventures du Petit Nicolas, imaginées au cours des années 1950-1960 par René Goscinny et croquées au dessin par Jean-Jacques Sempé dans de nombreux recueils, n'ont jamais cessé de se vendre en France. Le quotidien au jour le jour à l'école et à la maison, décrit à hauteur d'enfant, avec les querelles dans la classe et la cour de récréation, fait vibrer les coeurs.

«Je pense que Goscinny et Sempé ont su toucher quelque chose qui nous ramène à notre propre enfance, estime le cinéaste. Le Petit Nicolas rejoint presque autant les adultes que le jeune public. Et pourtant... Même au moment de sa création, il y a cinquante ans, cet univers-là était déjà démodé: ni criminalité, ni divorce, ni chômage, ni gros mots. On pénètre dans le conte, dans un décor de théâtre factice. L'enfance y est fantasmée à travers la France idéalisée de monsieur Hulot. Une France d'avant Mai 68, conservatrice, avec la femme à la maison qui réclame son permis de conduire...»

Pour tout dire, Laurent Tirard, en répondant à une demande des producteurs d'adapter la série, se grattait la tête: «Embêtant, car on pouvait envoyer le message que les choses étaient mieux avant. Alors, j'ai décidé de l'adapter selon mes goûts en lui donnant ce côté tatiesque. J'aime les univers où en apparence tout est bien rodé, alors qu'une certaine folie règne en fond de cale.» Le cinéaste assure avoir puisé les péripéties de son histoire dans tous les livres de la série, mais le premier Petit Nicolas semble avoir fourni quand même le gros des présentes aventures.

Plusieurs projets d'adaptation du Petit Nicolas avaient auparavant avorté. «Anne Goscinny, qui en détient les droits, n'était pas convaincue par les tentatives précédentes et se montrait très protectrice. Elle aimait mes films, et tout s'est bien passé jusqu'à l'étape du scénario. Elle a alors paniqué et j'ai dû faire intervenir Alain Chabat, qui avait sa pleine confiance, pour réviser certains dialogues. Je voyais le potentiel poétique du film, ce rapport entre la tradition et la modernité si lumineux dans Mon oncle de Tati, avec les Français des années 50 qui veulent ressembler aux Américains mais s'en montrent incapables. Et le côté Guerre des boutons, pour la cruauté des enfants entre eux.»

Le personnage de la mère de Nicolas lui semblait trop lisse dans les recueils. Valérie Lemercier confère un grain de folie mais aussi une dose de frustration sociale à cette femme au foyer. Kad Merad, fort du succès des Ch'tis, avait tout du père idéal. Sandrine Kiberlain, toute douce, ressemblait à la chouette maîtresse d'école de ses rêves. «Pour le rôle du petit Nicolas, on a rencontré énormément d'enfants, avant d'arrêter notre choix sur un garçon, puis, au bout d'un certain temps, de retourner au second candidat, Maxime Godart, qui s'est révélé le meilleur. Le Petit Nicolas m'aura appris à travailler avec des enfants.»

Il lui aura aussi permis de faire la conquête d'Anne Goscinny, qui l'entraîne bientôt à l'assaut d'Astérix chez les Bretons. Le Petit Nicolas a modifié la trajectoire du cinéaste et mis son nom sur toutes les lèvres.

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Odile Tremblay a fait ce reportage à Paris à l'invitation d'Unifrance.