Qui a peur du grand méchant loup?

Le mythe du loup-garou, miroir de la double personnalité, bonne et mauvaise, qui lutte en tout être humain, est ancien. Les nuits de pleine lune, le monstre se réveille en faisant de sanglants ravages, et celui qui fut mordu, à l'instar de la victime d'un vampire, devient un nouveau prédateur. Air connu.

Inspiré du classique de 1941 au titre éponyme, The Wolfman a voulu demeurer collé, à quelques variantes près, à l'oeuvre originale; le film aurait pourtant gagné à réinventer un scénario désormais simpliste.

Cette adaptation contemporaine réalisée par Joe Johnston a connu des retards de production et des remontages. De fait, assez lourd, appuyé par une musique omniprésente qui enterre l'action, The Wolfman peine à trouver aujourd'hui sa résonance.

Le film possède pourtant ses mérites, dont une remarquable direction artistique. Avec une action transposée dans l'Angleterre de 1890, les sombres décors, l'éclairage blafard d'un Londres embrouillardé, la lune énorme et menaçante, les bois dangereux, le château plein de fils d'araignée et d'horreur, servent le récit à merveille. Ajoutez accessoires, maquillages et costumes réussis. L'atmosphère oppressante, parfois épeurante, est aussi au poste. Alors quoi?

Benicio del Toro en loup-garou n'est même pas si déplacé. L'acteur a pris du coffre en vieillissant et, avec un peu d'imagination, on peut oublier quel visage se cache derrière les poils du loup. Anthony Hopkins avait déjà fait ses preuves en personnage inquiétant et habite avec son ambiguïté habituelle le méchant père du héros, châtelain aux moeurs féroces. Emily Blunt (The Young Victoria) ne tient pas son meilleur rôle en amoureuse de l'homme-monstre, et seules quelques scènes finales de course contre la mort casseront son profil trop lisse. On applaudit devant Geraldine Chaplin muée en sorcière, tout en déplorant ses trop rares apparitions. En figure de leitmotiv, elle aurait pu conférer au film une vraie dimension de mystère.

Des références à La Belle et la Bête de Cocteau abondent, même du côté des maquillages du héros, à travers une scène de bal aussi, comme dans la nature des rapports entre les amoureux.

Mais le scénario manque de poésie supérieure et demeure collé à une histoire qui se veut vraisemblable plutôt que fantasmagorique. N'est pas Cocteau qui veut, ni Tim Burton. The Wolfman y gagne en désuétude, tandis que les beaux hurlements de loups se voient enterrés par cette musique décidément assourdissante.

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The Wolfman
Réalisation: Joe Johnston. Scénario: Andrew Kevin Walker d'après le film de 1941, sur un scénario de Curt Siodmak. Avec Benicio del Toro, Anthony Hopkins, Emily Blunt, Hugo Weaving. Image: Shelly Johnson. Montage: Dennis Virkler, Walter Murch. Musique: Danny Elfman.