Carrément à l'ouest

Jean Dujardin dans le rôle-titre de Lucky Luke
Photo: TVA film Jean Dujardin dans le rôle-titre de Lucky Luke

Ce n'est pas la première fois que Lucky Luke prend forme humaine puisque Terence Hill (dans un navet signé de sa main en 1991) et l'acteur allemand Till Schweiger (en 2003, dans Les Dalton de Philippe Haim) ont précédé Jean Dujardin et enfilé les jeans très serrés de ce personnage de bande dessinée imaginé par Morris et Goscinny. La vedette d'OSS 117 tire cette fois plus vite que son ombre grâce à la complicité du cinéaste James Huth, qui a largement contribué à la popularité de l'acteur en portant à l'écran un de ses personnages les plus stupides, Brice de Nice. Dans ma mémoire encombrée de cinéphile, j'en garde un souvenir tiède.

La chose risque de se reproduire avec ce western sentant fort le fric, noyé dans la poussière (de l'Argentine) et multipliant les cabrioles numériques. Tout cela sans compter une distribution de haut niveau où les acteurs chevronnés (Jean-François Balmer) et les stars montantes (Sylvie Testud en Calamity Jane et Melvil Poupaud sous le chapeau de Jesse James) se tiennent tout près de Jean Dujardin, à la fois séducteur et cabotin, donc pas très loin de son aura cinématographique habituelle.

Que les admirateurs de la bande dessinée soient prévenus: les frères Dalton n'ont pas droit de cité dans cette fantaisie conçue autour du héros depuis quelques années sans cigarette, ajoutant à ses aventures une touche psychanalytique qui risque d'ennuyer tout le monde, y compris les freudiens. Car Lucky Luke version Dujardin est chargé de faire le ménage de son village natal, Daisy Town, mais ce retour aux sources provoque de multiples retours dans le temps, à cette époque où le justicier solitaire était d'abord orphelin, ayant vu ses parents mourir sous ses yeux.

Ce traumatisme revient comme un leitmotiv, illustrant le caractère pacifiste du héros (il tire souvent, mais ne tue jamais), et surtout embourbe un récit rarement captivant, dilué sous une tonne de gags qui parfois visent juste alors que d'autres ratent leur cible. À ce chapitre, la conclusion de cette aventure, aux allures d'extravagance fellinienne, aura fini d'user la patience des admirateurs les plus serviles.

Nous avons sous les yeux une belle mécanique, imposante par son opulence, riche en détails graphiques d'une virtuosité irréprochable, mais à la pertinence bien relative, sans compter la récurrence de blagues qui ne faisaient pas beaucoup rire la première fois (Jesse James récitant Shakespeare, ça devient plus prétentieux qu'amusant). Bref, comme disent les ados français, Lucky Luke «est à l'ouest», carrément à l'ouest. Donc un peu dans le champ...

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Lucky Luke
Réalisation: James Huth. Scénario: James Huth, Jean Dujardin, Sonja Shillito, d'après Morris et Goscinny. Avec Jean Dujardin, Sylvie Testud, Daniel Prevost, Melvil Poupaud, Jean-François Balmer. Image: Stéphane Le Parc. Montage: Antoine Vareille, Frédérique Olszak. Musique: Bruno Coulais. France, 2009, 104 min.

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Collaborateur du Devoir

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