Nuances et subtilités sur fond de conventions

Emily Blunt dans le rôle de la reine Victoria
Photo: Alliance Emily Blunt dans le rôle de la reine Victoria

En s'aventurant du côté du trône d'Angleterre pendant les premières années du règne de Victoria, le cinéaste de C.R.A.Z.Y. put à la fois découvrir l'étiquette de la cour d'Angleterre, diriger des têtes d'affiche internationales et connaître les limites imposées par Hollywood à la liberté des cinéastes.

Le film est classique, somptueux, bien fait, mais sans ce quelque chose de plus, ce sel qui crée les oeuvres marquantes. Le Marie-Antoinette de Sofia Coppola, déjanté et rempli de clins d'oeil anachroniques, possédait ses détracteurs, mais misait sur l'audace et marqua les esprits. Jean-Marc Vallée ne demandait pas mieux que de s'éclater à son tour à travers The Young Victoria. Toutefois, il n'obtint pas le droit de regard sur la version définitive. Le film fut remonté par les producteurs, son rythme, accéléré, sa musique, changée, etc. Trop lisse, il ne fera pas date.

Ce qui ne lui enlève pas ses qualités pour autant: le jeu des interprètes au premier chef, dont celui d'Emily Blunt, en nomination aux Golden Globes, tout en nuances dans la peau de la jeune souveraine, celui également de Rupert Friend, subtil en prince amoureux qui refuse son rôle d'insignifiant consort.

Promonarchiste — après tout, l'idée initiale du film est de la duchesse d'York —, The Young Victoria possède le mérite de mettre en lumière les intrigues de palais, sans cacher les dessous peu reluisants du trône. Si Miranda Richardson en reine mère retorse et rouée possède la trempe et la rousseur des grandes conspiratrices, Paul Bettany en conseiller favori de la reine et haï du peuple manque toutefois de substance. La distribution générale demeure cependant solide.

L'intrigue, avant tout sentimentale, est centrée sur l'histoire d'amour entre la reine adolescente et son cousin Albert (Rupert Friend). Certaines scènes apparaissent d'ailleurs touchantes de naturel, lorsque les deux jeunes gens cherchent à briser le joug de ceux qui les contrôlent ou lors de leurs ébats érotiques, le cinéaste cassant le moule rigide de celle qui allait marquer cette époque de son nom (ère victorienne). Le scénario n'est pas palpitant et Jean-Marc Vallée a vraiment mis toute la gomme pour en tirer ce film élégant, qui coule de source.

À saluer aussi: la qualité des effets spéciaux et de la direction artistique. Le faste des palais et des costumes est d'une grande beauté visuelle, avec ces plans-séquences qui respirent au fil des scènes, même si on aurait préféré mieux comprendre la genèse du règne de la célèbre souveraine britannique. The Young Victoria, par-delà son haut cachet de distinction, demeure trop anecdotique et collé aux conventions du genre.


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