Entre la cravate à pois et le parfum bas de gamme

Sarah Jessica Parker et Hugh Grant dans Did You Hear About the Morgans? de Marc Lawrence
Photo: Sony Sarah Jessica Parker et Hugh Grant dans Did You Hear About the Morgans? de Marc Lawrence

Peut-être aurez-vous bientôt quelqu'un à punir de vous avoir offert un cadeau de Noël de mauvais goût, se situant quelque part entre la cravate à pois et le parfum bas de gamme. Si la revanche vous intéresse, traînez le coupable à Did You Hear About the Morgans?, la nouvelle guimauverie sentimentale d'un spécialiste du genre, Marc Lawrence (Music & Lyrics, Miss Congeniality), visiblement en mode paiement d'hypothèque.

Des citadins sophistiqués débarquant dans une version à peine revue et modifiée de l'univers des Arpents verts, vous connaissez? Le modèle n'en finit plus de se décliner sur l'air du bonheur dans le pré, ou camouflé derrière la grange. Ce choc culturel sur fond de vie rurale se double ici d'une apologie de l'amour conjugal, même si les Morgan en question, Paul (Hugh Grant) et Meryl (Sarah Jessica Parker), vivent chacun de leur côté depuis quelque temps. Témoins d'un meurtre et devenus une cible de choix pour le tueur zélé, ces deux New-Yorkais qui ne connaissant que les ciels étoilés du Planétarium doivent se cacher dans un bled perdu du Wyoming sous la protection, et la moustache, du shérif (Sam Elliot) et de son épouse (Mary Steenburgen), un clone de Sarah Palin. Mille excuses d'avoir éventé une des rares bonnes blagues du film.

En effet, elles ne sont pas légion dans cette production où la paresse suinte à chaque plan, à chaque scène, souvent aveuglante dans cette absence complète de tension dramatique. Évidemment, pourquoi s'inquiéter du sort de deux personnages dont le principal crime se résume à une superficialité affligeante et dont l'absence à New York ne semble inquiéter que leurs assistants respectifs? D'ailleurs, ces deux-là, un sans-couille flanqué malgré lui d'une vilaine castratrice, effectuent un parcours romantique parfaitement balisé par ce type de scénario à numéros, ceux qui font croire aux spectateurs qu'ils en savent autant, sinon plus, que le cinéaste.

Sur papier, la rencontre du symbole du charme british et la quintessence de l'exubérance new-yorkaise tendance magasinage extrême pouvait susciter quelques attentes raisonnables, et séduisantes. Or, Hugh Grant, qualifié ici de «tea drinker» par un redneck qui ne détonerait pas chez les conservateurs, et Sarah Jessica Parker, à qui l'on a oublié de dire qu'elle ne jouait pas dans un épisode de Sex and the City, défendent des personnages si fadasses que leurs luttes deviennent bêtement stériles et leur découverte de l'Amérique profonde, puérile.

Certains entonnent souvent l'air de ce cinéma comme-il-ne-s'en-fait-plus, porté par des scénarios rigoureusement bétonnés et défendu par des stars à l'aura parfaitement contrôlée. Did You Hear About the Morgans? tente de copier cette formule, mais à l'image de bien des vedettes, et pas que féminines, le Botox cinématographique ne camoufle jamais le ronron de ces films déjà vieux avant même de prendre l'affiche. Vous ne risquez pas d'entendre parler longtemps des Morgan.

***

Collaborateur du Devoir


À voir en vidéo