Rien de vraiment révolutionnaire

Photo: Weta

Comme l'a fait avant lui Jurassic Park sur le plan de l'amalgame d'images de synthèse et d'images tournées avec des acteurs et comme l'a fait plus récemment Shrek pour l'animation par détecteurs de mouvements et d'expressions faciales, Avatar repousse encore plus loin, sur ces deux fronts, le monde du possible au cinéma. Mais restons calmes.

Le long métrage de James Cameron (Titanic) franchit peut-être un pas de plus vers la réunion virtuelle à l'écran de Bogart et Bacall. Mais aussi spectaculaire que soit la production, dont l'action est campée sur une planète lointaine où les humains pollueurs exploitent des gisements miniers sous les pieds d'une peuplade autochtone pacifiste et en prise avec la nature, ça reste un pas. Pas un terminus.


Remixage

La tentation d'annoncer la révolution serait sans doute plus grande si le scénario de Cameron, qui n'a visiblement pas fait l'objet du même travail d'orfèvre dévolu à la forme, avait été plus fin. Le cinéaste, qui travaille sur ce projet depuis une dizaine d'années, s'adresse ici au plus bas dénominateur commun, à travers une fable écologiste franchement désuète. Celle-ci donne au film un fil conducteur, à la technologie un trampoline, à Cameron l'occasion de remixer façon «best of» des motifs exploités séparément dans son oeuvre: The Terminator (la transformation génétique), The Abyss (face à face entre humains et créatures «aliennes»), Aliens (Sigourney Weaver en scientifique sceptique quant aux intentions de son employeur), et même Titanic, pour l'histoire d'amour réputée impossible entre deux individus issus de mondes opposés.

Ce dernier motif, le plus solide maillon de la chaîne, donne une direction au récit et procure les plus beaux instants du film. Jake (l'Australien Sam Worthington, futur Mel Gibson), vétéran paraplégique, accepte de relever son défunt frère jumeau sur la planète Pandora, où ce dernier devait participer à une mission visant à infiltrer les Na'vi, individus de trois mètres de haut, à la peau bleue, vivant dans une jungle de type amazonienne, en harmonie avec les bêtes, les plantes et, surtout, l'arbre millénaire au pied duquel ils se sont installés à résidence. Sous ce même arbre dort le gisement le plus important de la planète, que l'entreprise minière, résolument vilaine-vilaine, est déterminée à exploiter. Il faut auparavant que les Na'vi déménagent, d'où l'expérience génétique à laquelle Jake participe. Son ADN mixé avec celui d'un Na'vi, il en prend l'apparence. Lui reste à se plonger dans la jungle pour se fondre à la communauté, apprendre ses moeurs et, par un miracle du Saint-Esprit, la convaincre de déménager. Sa rencontre avec Neytiri (Zoé Saldana), une Na'vi qui lui enseigne l'art de la communion avec la nature et le b.a.-ba du bon Na'vi, va le détourner de sa mission initiale.

Sur ce lit de vieilles idées et de bons sentiments, duquel fusent parfois des images saisissantes et des instants de grâce intimiste, Cameron a construit un champ de bataille virtuel, qui occupe plus du tiers du film. De fait, le combat ultime opposant les humains, sous les ordres d'un colonel despotique (Stephen Lang), et les Na'vis, sur les instructions de Jake, dure à peu près quarante-cinq minutes. On nous avait fourni à l'entrée les lunettes 3D, on aurait tout aussi bien pu nous donner une manette de jeu vidéo, pour nous permettre d'extérioriser l'influx d'adrénaline et focaliser les rares cellules convoquées à l'expérience.

Le cinéma restera toujours fondé sur les deux mêmes piliers: la forme et le fond. N'en déplaise à ceux qui, comme James Cameron, pensent que la première peut compenser les manquements du second. Oui, Avatar nous propulse dans l'avenir de ce que le cinéma, sur le plan technique, peut accomplir. Mais l'art du récit cinématographique a un siècle et les derniers à l'avoir réinventé en profondeur sont déjà morts. Beau progrès. Mauvais timing.

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Collaborateur du Devoir


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