Un mystère épais...

En Alaska, un mystère demeure encore irrésolu et il ne s'agit pas de la nomination de Sarah Palin comme colistière de John McCain lors de la dernière élection présidentielle américaine. De nombreux citoyens d'une petite ville de cet État auraient été «adoptés» par des extraterrestres, seule explication jugée valable devant de multiples disparitions au cours des dernières décennies. De plus, le comportement erratique de certaines personnes s'expliquerait par une intrusion de ces visiteurs de l'espace dans leur psyché, d'où leurs troubles du sommeil... et leurs pulsions meurtrières.

Tout cela semble suffisamment sérieux pour que l'actrice Milla Jovovich adopte une allure «brechtienne» en introduction de The Fourth Kind, du cinéaste Olatunde Osunsanmi. Solennelle, elle nous annonce qu'elle va interpréter le rôle de la psychologue Abigail Tyler et que le film relate des faits étranges qui se sont déroulés dans son cabinet avec des patients sous hypnose; des enregistrements et des captations vidéo en prouveraient l'authenticité.

La pauvre, il faut bien le dire, revient de loin. Son mari fut assassiné dans leur lit conjugal, certains de ses patients ont pété les plombs (et emporté leur famille dans leur délire) et, comble de malheur, sa fille a disparu sans laisser de traces. Ces tragédies se sont déroulées sous ses yeux, ceux de sa caméra, ou encore en la présence de son thérapeute (Elias Koteas, qui a l'air d'y croire autant que nous...), d'abord sceptique, et du chef de la police, gardien de l'ordre et de la raison.

Dans la lignée de toutes ces photos floues de soucoupes volantes, les moments les plus terrifiants de la portion «documentaire» de The Fourth Kind sont brouillés et chargés de sons parasites. Lorsqu'un de ses patients commence à léviter, ses jambes sont savamment recouvertes d'un drap... Vous aurez donc compris qu'il n'y a que ceux qui croient qu'Elvis Presley habite une île déserte et que Sarah Palin avait l'étoffe d'une vice-présidente pour croire à ces sornettes.

Dans cette tentative de manipulation à la Blair Witch Project, les artisans du film oublient au passage qu'à force de nous répéter que tout cela est vrai, on finit par être rongé par le doute, par l'ennui, voire un peu des deux. Les contorsions de Linda Blair (The Exorcist) et les yeux exorbités de Sissy Spacek (Carrie) donnaient froid dans le dos; les cris de Milla Jovovich symbolisent le désespoir d'une entreprise à la crédibilité préfabriquée.


Collaborateur du Devoir

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