Quelle nuit de galère !

Dans une voiture immobilisée sur l'accotement, un jeune homme se réveille péniblement. Encore sonné, il appelle sa fiancée. Oui, il sera à l'heure pour le souper planifié la veille. Plus que quelques courses, un gâteau... Or voilà, à mesure que se retire le jour et que tombe la nuit, il apparaît de plus en plus évident que Mo Chen ne pourra tenir parole. Coincé à proximité d'un vieil immeuble décati, ce dernier ignore encore qu'il est mûr pour une veillée particulière. Dans l'ordre du désordre tranquille, sont croisés, décroisés: un charitable barbier, un vieux couple endeuillé et sa petite-fille, une prostituée néophyte et son maquereau teigneux, un gangster nostalgique, un tailleur en cavale... Et une fiancée compréhensive. Vous avez dit faune hétéroclite?

De fait, Parking, le premier long métrage de Chung Mong-hong, est peuplé de personnages mémorables, quoique jamais caricaturaux ou même «colorés». Le scénariste et réalisateur a plutôt privilégié, à l'écriture, une approche par petites couches successives se nourrissant, entre autres choses, d'une structure en flash-back assez adroite. Ainsi l'auteur laisse-t-il à ses protagonistes, tant principaux que périphériques, le luxe du temps. Le temps de révéler leur passé et, avec lui, leur tempérament, leurs motivations.

Alangui, le rythme ne plaira pas à tous, mais il contribue à instaurer un climat discrètement insolite qui frôle parfois l'onirisme. L'ensemble aurait certes gagné à être ramassé un brin, ici et là, mais peut-être cette atmosphère patiemment forgée en aurait-elle souffert en fin de compte (quelques minutes semblent avoir déjà été retranchées du premier montage, présenté notamment à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, en 2008). Dans sa forme actuelle, Parking intéresse toujours et parfois même envoûte. On y trouve un mélange détonnant de drame, de violence et d'humour absurde qui, s'il n'est pas parfaitement dosé, est à coup sûr audacieux.

Au fil d'un récit ténu mais intrigant (et qui n'est pas sans convoquer le souvenir d'After Hours de Scorsese), le spectateur est invité à suivre quel-ques bouts de destins, certains plus développés, d'autres fugaces, à peine suggérés. Si le scénario ne convainc pas toujours — certains développements fleurent l'artificialité —, il n'empêche qu'avec peu de moyens, Chung Mong-hong est parvenu à assembler un bien bel objet. Alternant avec aisance de gros plans révélateurs en caméra à l'épaule avec des images fixes savamment composées et richement évocatrices, le cinéaste laisse d'ores et déjà entrevoir les prémices d'une carrière à surveiller.


Collaborateur du Devoir

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