Délirante chronique de village

Tourné dans un village perdu d'Azerbaïdjan mais situé au pays imaginaire d'Absurdistan, quelque part entre l'Europe et l'Asie, ce film au burlesque surréaliste ressemble à certaines œuvres d'Émir Kusturica, sans avoir la maîtrise de leur modèle. Ce qui n'empêche pas la joyeuse fable de multiplier les séquences jubilatoires. L'image est magnifique, jouant d'effets spéciaux magiques. On se bidonne.

Le cinéaste allemand Veit Helmer (derrière Tuvalu) a réuni comme dans une tour de Babel une équipe de comédiens internationaux issus de 18 pays pour s'envoyer en l'air dans un conte fantastique, mi-fable amoureuse, mi-comédie de moeurs, sur une ouverture de lyrisme amoureux fort réussie. C'est l'esthétique du film, sa caméra folle et déjantée, sa couleur délirante qui lui donnent sa sève, comme plusieurs répliques pleines d'humour.

Sur le chemin du tendre de deux jeunes gens, Temelko le benêt amoureux (le nouveau venu Maximilian Mauff, délicieux de naïveté) et Aya (la Tchèque Kristina Malérova, royale), des obstacles retarderont l'initiation aux joies du sexe, dont les décrets d'une grand-mère oracle qui leur commande d'attendre quatre ans, histoire de répondre à la conjoncture des astres. S'ajoutera une grève de sexe des femmes, qui veulent que leurs maris fainéants réparent le système d'aqueduc (segment inspiré d'un fait divers dans un village turc).

Helmer parvient à brosser une très amusante chronique de village, leste et farfelue. Mégères et walkyries se refusent à des époux vraiment tire-au-flanc, soiffards, fêtards, indolents; bal de clichés sexistes aussi croustillants dans les deux camps avec brochette de binettes caricaturales fort bien dessinées, tandis que les tourtereaux tentent de conjurer le mauvais sort qui empêche leur union.

Les plus jolies scènes et les plus éclatées réunissent les amoureux: bain de mousse, envol dans une fusée, mais l'influence de Kusturica demeure trop manifeste et le dénouement convenu ne remplit pas les promesses d'un scénario au départ plus original.

On ne boude pas notre plaisir pour autant, surtout devant les prouesses de caméra et des effets visuels dans un univers villageois dont Borat ne désavouerait ni la sève ni le délire.

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