Dickens en Imax 3D

La technologie Imax 3D de la mégaproduction Un conte de Noël, de Robert Zemeckis, plombe le rythme du film.
Photo: Buena Vista La technologie Imax 3D de la mégaproduction Un conte de Noël, de Robert Zemeckis, plombe le rythme du film.

De l'opéra de Benjamin Britten aux Muppets de Jim Henson, en passant par Mickey Mouse de Disney, on ne compte plus les adaptations du Chant de Noël de Charles Dickens, ni les déclinaisons sur ses thèmes et motifs (l'éventail allant de It's A Wonderful Life à Ghosts of Girlfriends Past). La nouveauté dans la mégaproduction de Robert Zemeckis (Forest Gump, Polar Express, Beowulf) réside moins dans l'histoire que dans son traitement extrêmement sophistiqué, mis en valeur par la technologie Imax 3D pour laquelle il a été pensé et conçu.

Sophistiqué, je le répète, et spectaculaire, le dispositif se dresse tout de même comme un obstacle entre le spectateur et le récit. Il fait écran là où il aurait dû rester transparent. Il allonge indûment certaines scènes (dont celle de la visite du fantôme de l'associé) et plombe le rythme. L'ennui avec le progrès technique au cinéma, c'est qu'il devient une fin en soi et écrase ses premiers sujets. A Christmas Carol n'est pas Tron ou Dune, mais on reste néanmoins perplexe devant l'ampleur excessive de sa production, d'autant qu'elle est mise au service d'une histoire simple sur la rédemption, qui prêche l'humilité et les valeurs de fraternité et de partage. Robert Zemeckis aurait été mieux avisé de prendre exemple sur Tim Burton (Nightmare before Christmas, Corpse Bride).

Rappelons les faits: durant une nuit de Noël, Ebenezer Scrooge, vieillard avare et détestable, qui tyrannise son employé et vomit son neveu, reçoit la visite du fantôme de son défunt partenaire d'affaires qui l'avertit que trois esprits lui rendront visite durant la nuit. Celui des Noëls d'antan le fait remonter à la source de sa misanthropie. Celui des Noëls présents lui ouvre les yeux sur un malheur qui guette son employé et sur la perception qu'a de lui son entourage. Celui des Noëls futurs lui fait entrevoir les conséquences ultimes d'une vie sans amour ni chaleur humaine. Bref, Scrooge, qui a ici les traits et la voix de Jim Carrey, subit en une nuit une thérapie accélérée pour, au matin de Noël, se réveiller transformé, généreux, à l'écoute, peut-être un peu trop content d'être content, Zemeckis exprimant sa métamorphose par des débordements de joie qui, aux yeux du romancier victorien, auraient semblé exagérés.

À l'opposé, le film de Zemeckis compte une scène vraiment extraordinaire et bouleversante. Il s'agit de celle où Scrooge, invisible aux humains qu'il observe depuis l'escalier de la maison de son employé, croise le regard de celui-ci, qui monte les marches pour aller se coucher, le coeur brisé par la mort de son enfant. C'est là un des rares instants où le dispositif s'écrase pour laisser passer, presque par accident tant le film est saturé d'effets, une émotion fulgurante. À croire qu'un esprit victorien s'est emparé de la scène. On aurait souhaité qu'il s'attarde un peu.


Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo