Satire à la sauce irakienne

Les nombreux drames vus jusqu'ici sur la guerre en Irak (In the Valley of Elah, Stop-Loss, Rendition) n'ont pas eu d'effet sur le public, qui les a boudés. La comédie satirique à la Wag the Dog fera-t-elle mieux? C'est le pari que fait le comédien et producteur Grant Heslov, coauteur du scénario de l'excellent Good Night, and Good Luck, dans ce premier long métrage réalisé de sa main. Inspirée d'un livre de Jon Ronson, l'intrigue, visiblement composée «ent'deux joints», met en présence Bob Wilton (Ewan McGregor), journaliste mineur en mal de reconnaissance, et Lyn Cassady (George Clooney), ex-membre d'une unité de «moines guerriers» de l'armée américaine fondée sur les valeurs hippies et la théorie du troisième œil par Bill Djanco (Jeff Bridges, formidable en mode Lebowski), un beatnik disparu de la circulation.

Ce dernier incarne une sorte de colonel Kurtz bouffon dans ce voyage au bout de l'enfer irakien, pavé de très bons gags, balisé toutefois par un scénario manquant de foyer. Le point de départ: Koweit City au printemps 2003, premier acte de la guerre en Irak, où font connaissance Wilton et Cassady, ce dernier se prétendant capable de tuer une chèvre simplement en la regardant dans les yeux. Wilton, narrateur de l'histoire, apprend en effet que les moines guerriers possédaient des pouvoirs surnaturels. L'unité inefficace a été démantelée vingt ans plus tôt, ses membres, relocalisés ou expulsés de l'armée. Les motifs qui aujourd'hui poussent le désormais civil Cassady à vouloir entrer en Irak sont louches. Ceux du journaliste accroché à ses baskets ne le sont pas moins. Le scénario suit leur trajectoire, à la façon d'un road-movie percé de nombreux flash-back illustrant la petite histoire de Cassady, de Django et de Hooper (Kevin Spacey), le ver dans le fruit qui a provoqué la débâcle.

Les personnages originaux et habités, l'humour pince-sans-rire irrésistible, la mise en scène stoïque et un brin distanciée insufflent à la satire une énergie bienheureuse. En revanche, il eût été souhaitable que toute cette mécanique soit mise au service d'un scénario mieux structuré et, surtout, d'un discours plus fort et porteur. Que nous dit The Men Who Stare at Goats? Que l'armée américaine improvise. Que les Américains sont les colonisateurs du monde moderne. Que cette guerre privatisée est entretenue artificiellement par des sous-traitants. Que le bien-être des Irakiens n'a jamais été un enjeu. Il paraît qu'aux États-Unis on trouve encore des gens qui ne savent pas cela. Mais ailleurs?


Collaborateur du Devoir

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