Le survenant canadien

Connu pour son regard teinté de réalisme social (Sitting in Limbo, Train of Dreams), dénonciateur (The Boys of St. Vincent) et capable de compromis hollywoodiens (Dangerous Minds, avec Michelle Pfeiffer), le cinéaste anglo-montréalais John N. Smith sait se faire caméléon tout en gardant une touche canadienne.

Celle-ci est visible dans Love & Savagery, une histoire d'amour mise à rude épreuve par les clivages culturels et religieux entre un Canadien plus ou moins errant et une jeune Irlandaise d'une candeur exquise. Les beautés rugueuses du village de pêcheurs de la côte ouest de l'Irlande où se situe l'action semblent répondre à celles de Terre-Neuve, lieu d'origine de ce géologue et poète qui ignore que sa plus belle découverte ne sera pas une pierre...

Entre deux explorations, Michael (Allan Hawco, le physique d'un survenant) est vite séduit par le charme de Cathleen (Sarah Greene, une belle et discrète révélation), une employée de l'hôtel où il loge et avec qui les discussions ne sont jamais banales. Leur idylle, chaste et pure, suscite la colère des habitants, car même si nous sommes en 1969, le «peace and love» n'a pas encore fait escale dans ce coin de pays. L'hostilité du village est d'autant plus grande que Cathleen, orpheline à l'adolescence, a fait la promesse de devenir religieuse. Michael devra donc se battre contre plusieurs rivaux à la fois.

Avec un sujet aux allures plutôt traditionnelles et chargé de clichés potentiels (l'intensité de Roméo et Juliette n'est jamais bien loin...), John N. Smith livre une romance qui laisse place à la couleur locale, celle de la verte Irlande, pas toujours épurée de son folklore. Il explore toutefois avec habileté le dilemme d'une femme consumée par deux amours, l'un charnel et l'autre spirituel, donnant ainsi à Love & Savagery son caractère distinct et parfois fort émouvant. Grâce aux mélodies accrocheuses du compositeur Bertrand Chénier et aux images soignées de Pierre Letarte, le cinéaste affiche son solide professionnalisme à défaut d'une passion ardente qui s'étendrait à la mise en scène, moins enflammée que ses deux héros.

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