28e Festival international de cinéma en Abitibi-Témiscamingue - La Donation rendue aux Abitibiens

Lise Guilbault dans «La Donation»
Photo: Films Seville Lise Guilbault dans «La Donation»

Rouyn-Noranda — Quelques flocons, c'est la coutume, mais le dimanche seulement. Samedi, juste un peu de pluie, comme au sud. Tout le week-end, un ciel bas et des nuages. Au Théâtre du Cuivre, tout le gratin de la région, politiciens inclus, les cinéphiles aussi, venaient à l'ouverture du 28e festival abitibien de cinéma. Même la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, s'était déplacée pour l'ouverture, les longs discours, les projections, la fête. C'est relax ici. Les gens rient. Ils se souviennent également. Pierre Falardeau a eu droit à un hommage en photos et en musique. Il était apprécié ici.

La Donation de Bernard Émond était lancée ici en première québécoise. Rappelons que le film a été tourné à Normétal, dans un village abitibien. Les paysages captés de l'aéroport à la ville réapparaissaient à l'écran, s'étirant sur les routes dans la beauté des jours et des soirs comme une hypnose. Un puissant film personnel, avec une proposition, un regard. Il avait l'air tellement heureux, Bernard Émond, de montrer l'Abitibi qu'il porte à ceux qui y vivent.

Ovation en salle, en présence du cinéaste, de sa productrice, Bernadette Payeur, de ses acteurs Élise Guilbault et Jacques Godin, mais, en coulisses, on entendait aussi des bémols. Le cinéma d'Émond est très beau, très codifié, et La Donation, qui marie les paysages de bout du monde aux visages d'austérité, s'offre des contraintes: jeu d'acteurs minimaliste, questionnements éthiques sur la notion de responsabilité et de devoir. Le tout à travers la passation des pouvoirs dans un hôpital, d'un médecin à l'autre. Réaliste? Non, symbolique. Une fable avec un message. Certains spectateurs s'en éblouissaient. D'autres trouvaient le film longuet. Bernard Émond n'a jamais fait l'unanimité derrière lui. Un cinéaste à signature, c'est ça. Mais la table était mise pour délaisser des productions internationales au profit des oeuvres à résonance locale.

Films abitibiens

De fait, rien de tel que de s'offrir une tournée de quelques films abitibiens du festival, pour le bain d'ambiance.

Hier, un des fils de la place, Carol Courchesne, qui travaille en audiovisuel et a fondé le festival du DocuMenteur, lançait ici Léo, son premier documentaire professionnel... Le héros, Léo Boulet est une sorte de Roger Toupin, de Rouyn-Noranda. Vingt-deux minutes, un film trop court. On en aurait pris davantage, mais petits budgets obligent... Ce Léo tient un dépanneur à sept minutes du Théâtre du Cuivre, ainsi qu'une célèbre entreprise de vadrouille. Les gestes de l'artisan, ses traits d'humour sont partout. Huit fois cambriolé en 27 ans, son dépanneur. La caméra vidéo qui capte les effractions est dans le film. Il a tiré sur trois voleurs à bout portant. Pas le Far west, mais un peu, tout de même, cette Abitibi...

Le cinéaste précise qu'il a mis quatre ans à convaincre Léo Boulet d'entrer dans l'aventure. Le projet roulait avant que Benoît Pilon fasse son Roger Toupin, mais les deux oeuvres se répondent.

On rencontre Léo dans les corridors du Théâtre du cuivre, lui qui n'y avait jamais mis les pieds de sa vie. Avant de venir ici, il a mis une pancarte sur son commerce: «Fermé jusqu'à 7 heures.» «Je ne sors jamais, dit-il. Mes clients n'aiment pas trop que je m'absente.»

Avec son sens du devoir, on l'aurait dit sorti de La Donation de Bernard Émond.

Autre regard sur la région: Roger Pelerin, là où l'on s'arrête en passant de Patrick Pellegrino, un portrait très émouvant du peintre Roger Pelerin, qui a quitté la ville pour s'installer à l'île Népawa, au nord de l'Abitibi avec sa compagne artiste également: Renée Cournoyer. Et c'est tout le quotidien de créateurs hors des centres, avec leurs angoisses, leurs espoirs, leur isolement, leurs éclairs d'intuition, qui surgit de manière touchante. Dans la beauté du panorama et l'oeuvre à créer, de l'autre côté de l'alcool, dans la renaissance d'un peintre collé aux racines abitibiennes, Patrick Pellegrino dépasse son propos pour interroger les choix de vie, le sens de l'existence. La compagne de Roger Pelerin, plongée dans la philosophie de Krishnamurti, est aussi intéressante que lui.

Simple curiosité: Soeur Sourire du Belge Stijn Coninx. Une facture de téléfilm, en fait, mais avec Cécile de France dans le rôle-titre quand même. On remonte le fil de l'aventure de la soeur belge chantante derrière le hit Dominique. Le film est assez soft. Trop! Va pour les engueulades de la nonne dissidente avec sa directrice, pour la liaison homosexuelle, mais la vraie déchéance de cette musicienne après départ de la communauté reste pudiquement en suspens. Son destin fut plus dramatique que ça. Une occasion un peu manquée!

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