Mauvaise adresse

Une scène de 5150, rue des Ormes, d’Éric Tessier
Photo: Une scène de 5150, rue des Ormes, d’Éric Tessier

Même si le cinéma québécois commence à s'éclater à travers les genres, reste que peu de productions d'horreur et fantastiques locales gagnent nos écrans. Et si, avec des succès divers, des cinéastes comme É-rik Canuel (Cadavres) et Kim Nguyen (Truffe) s'y frottent, si une oeuvre comme Karmina de Gabriel Pelletier avait depuis 1997 fait le lit de ce type de productions, Éric Tessier, avec Sur le seuil en 2003, demeurait encore un pionnier du genre. Son film était déjà adapté d'un roman de Patrick Senécal, tout comme 5150, rue des Ormes, second long métrage, en salle depuis hier.

Avec cette histoire presque en huis clos d'un jeune homme (Marc-André Grondin) soudain otage d'une inquiétante famille catho après un accident de vélo, on entre dans un univers à la Misery, mais aussi à la Agatha Christie (Dix Petits Nègres) pour l'histoire d'un héros qui se fait justicier. L'intrigue de 5150, rue des Ormes est originale avec des revirements insolites.

On n'a rien d'ailleurs contre le genre, pratiqué comme un des beaux-arts, par les Asiatiques surtout. Mais ici la réalisation boite et les acteurs peinent à convaincre.

Marc-André Grondin n'est manifestement pas à l'aise dans ce registre. Hurlant, prostré, ou basculant dans la logique du bourreau, il ne sera jamais crédible dans son rôle de séquestré. Normand D'Amour, dans la peau de Jacques Beaulieu, maître de céans, champion d'échecs qui élimine petits ou gros criminels sur son chemin, est déjà plus solide. Mylène St-Sauveur en ado rebelle tire à peu près son épingle du jeu, mais Sonia Vachon, l'épouse soumise à son homme et à Dieu, frôle la pure caricature. On ne frémit même pas de la voir surgir la hache à la main. Son personnage avait seul, à l'écrit, un potentiel émotif, dont la charge tombe ici à plat.

Le scénario n'est pas vraiment en cause. Il suffit d'avoir lu le thriller de Senécal, dont il est issu, pour saisir qu'ils ont bien fait de couper ici et là, enlevant les journaux écrits des protagonistes trop statiques, retranchant les chapitres d'attirance sexuelle du reclus pour l'ado de la maison, éliminant les dénouements trop multiples. Si plusieurs répliques font sourire, c'est que le climat s'instaure mal, qu'on n'avalise pas les conventions de l'intrigue et que la chimie des personnages ne lève guère. Les effets spéciaux dans la blancheur des nuées sont amateurs. Seul le jeu d'échecs à subsistance humaine tient à peu près le coup dans sa direction artistique.

Parfois le prisonnier blessé boîte d'une jambe, puis cesse de claudiquer. Le père poignardé oublie sa blessure, etc. Toutes sortes de détails font décrocher. La tension, essentielle dans un thriller, ne peut s'établir solidement sans des rapports humains creusés et étoffés. Ici, le film se joue en surface, sans signature d'auteur marquée. Le film plaira peut-être à certains ados épris du genre, mais il ne saurait convaincre ceux qui ont admiré James Caan et Kathy Bates dans le remarquable Misery. Question d'ambiance et de puissance!

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