Le cinéaste Theo Angelopoulos au FFM - Brouillard sur le cinéma

Theo Angelopoulos est un habitué du Festival des films du monde: il a dirigé son jury en 2005.
Photo: Pedro Ruiz Theo Angelopoulos est un habitué du Festival des films du monde: il a dirigé son jury en 2005.

Le grand cinéaste grec est venu hier offrir au public du FFM un cours de maître, mais il dit ne pas aimer l'expression. «Discussion avec le public» lui convient davantage; d'eux à lui et de lui à eux. Il a envie de parler d'un septième art de plus en plus menacé par le divertissement, «un art qui est aussi une question d'argent», soumis aux aléas des productions, menacé par l'air du temps dans sa vigueur créatrice.

«Au cours des années 60 et 70, et même après la Seconde Guerre mondiale, les gens ont cru pouvoir changer le monde et n'y sont pas parvenus. Aujourd'hui, chacun est devenu plus conventionnel, et ça influe aussi sur le cinéma. Il faut un désespoir héroïque pour proposer autre chose, dit-il; mais avançons, essayons. Le héros meurt. On continue.»

Il est un vieil habitué du Festival des films du monde, dirigea ici le jury en 2005. Les grands rendez-vous de Cannes et de Venise ont accueilli aussi ses films, en le primant deux fois chacun. Lion d'or à La Mostra pour Alexandre le Grand, Lion d'argent pour Paysage dans le brouillard. Grand Prix du jury à Cannes pour Le Regard d'Ulysse et Palme d'or pour L'Éternité et un jour.

Angelopoulos, le cinéaste qui goûte et met en scène le brouillard dans son pays de soleil, a donné au cinéma quelques chefs-d'oeuvre dont, outre ses films primés à Cannes et à Venise, Le Voyage des comédiens, Le Pas suspendu de la cigogne. Poète de l'image, chantre de la métaphore et du plan-séquence, Angelopoulos, qui a exploré avec lyrisme l'histoire et la guerre, mais aussi la force de l'art et de l'amour, appose une des signatures les plus originales au septième art. Il a bien conscience que son nom si établi, ses films si primés lui permettent, à coups de coproductions d'ailleurs, de persévérer sur une voie sans concessions. Ce qui n'est pas donné à tous.

Il présente également au Festival des films du monde La Poussière du temps, le second volet de sa trilogie historique, qui remonte le parcours de l'Occident depuis le début du XXe siècle, trilogie amorcée avec Eleni (La Terre qui pleure), sur fond de guerres, d'exodes, de déchirements et d'histoires d'amour. «Il s'agit d'une trilogie sur les rêves brisés, dit-il, et constitua une aventure incroyable à travers les continents et les crises du siècle.»

Mais La Poussière du temps, avec des plans et des cadrages aussi parfaits que d'habitude, se révèle son oeuvre la plus nébuleuse, axée sur la mémoire, avec ambiguïté du réel et du temps chevauchés. Au fil des guerres et des pays, avec conflit au Vietnam et la chute du Mur, les amours se brisent et se refont, les empreintes demeurent. Sa distribution est plus qu'imposante: Willem Dafoe, Bruno Ganz, Michel Piccoli, Irène Jacob. L'action se déplace de Tachkent à New York, en passant par la Sibérie, Toronto, Berlin, Athènes, etc. «Tout le tournage s'est fait à Athènes, mais ce fut pour moi une production très onéreuse, à cause des stars, confesse-t-il. L'action du troisième film se concentrera sur un lieu unique: le port du Pirée à Athènes. Elle se déroulera aujourd'hui et demain, sans têtes d'affiche, et l'espoir ne sera sans doute pas au rendez-vous...»