Cinéma - Pas que les pieds...

Les prises de vue aériennes du film Les Pieds dans le vide sont splendides.
Photo: Les prises de vue aériennes du film Les Pieds dans le vide sont splendides.

À quoi donc faut-il attribuer l'échec de ce film superficiel et lustré comme un catalogue de La Cordée? Au narcissisme débridé de Guillaume Lemay-Thivierge, bien mis en valeur par sa partenaire à la ville, Mariloup Wolfe, qui fait ses débuts derrière la caméra? Au scénario anecdotique et digressif de leur ami Vincent Bolduc, qui écume la surface et enfile les développements dans un ordre quasi aléatoire? À la mise en scène laborieuse de Wolfe, davantage le reflet de l'ambition de cette ancienne vedette du petit écran que de son talent, quoique ce dernier ne puisse être exclu de l'équation à ce stade?

Il reste que son souci de l'image (aidée par son directeur photo Jérôme Sabourin) est inversement proportionnel à sa capacité de faire passer l'émotion. De fait, l'un compense l'autre dans ce récit pourtant très sentimental, campé dans un centre de parachutisme et centré sur un trio de personnages sans passé ni avenir. Charles (Lemay-Thivierge) dirige le centre, où gravite une faune de figurants vaguement trash, mais très cool, man. Du lot se détache Manu (Laurence Leboeuf), une serveuse tourmentée par la maladie de sa mère (Monique Spaziani) qui entamera une liaison avec Charles sans avoir mis un terme explicite à son idylle avec le meilleur ami de Charles, Rafael (Éric Bruneau), trompe-la-mort dont les ailes et les rêves de pilote seront brisés par une surdité partielle.

«Ils s'aiment / comme des enfants / avant les menaces et les grands tourments» chantait prophétiquement Daniel Lavoie à l'époque où les artisans de ce film étaient au berceau, ou tout près. Maintenant, ils tombent du ciel en se jouant du danger, en quête d'oubli et d'émotions fortes. Plus sages, les spectateurs ne recherchent que l'émotion. Or, rien ne franchit la surface du film, d'où l'emploi judicieux mais compensatoire de musique, de ralentis et de cris étouffés, qui dirigent la lecture et nous rappellent que ceci est triste, cela est comique ou émouvant.

La moitié des films indépendants américains emploient les mêmes ruses pour nous dicter quoi ressentir. Mais Wolfe se donnait ici l'occasion de parler des jeunes et de transmettre une parcelle de leur âme. Les situations prévisibles et les personnages, trop superficiels, l'en empêchent. À une exception près: le personnage de Rafaël, mieux développé à l'écriture, et plus ambigu. Le problème étant qu'il est campé par Éric Bruneau, qui a la charpente du rôle, mais pas la substance. Si bien que son drame, tissé de regrets et de culpabilité, nous reste étranger et lointain. Comme tout le reste. Car si pour la forme la cinéaste nous emmène régulièrement voler avec les oiseaux (les prises de vue aériennes sont splendides), sur le fond, Les Pieds dans le vide ne quitte jamais le plancher des vaches.

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Les Pieds dans le vide

De Mariloup Wolfe. Avec Guillaume Lemay-Thivierge, Laurence Leboeuf, Éric Bruneau, Vincent Bolduc, Adam Kosh, Andrew Shaver, Monique Spaziani. Scénario: Vincent Bolduc. Image: Jérôme Sabourin. Montage: Yvann Thibaudeau. Musique: Mike Mooney.

Québec, 2009, 105 minutes.