Lourds premiers pas

Marie-Thérèse Fortin et François Arnaud dans Les Grandes chaleurs, de Sophie Lorain
Photo: Marie-Thérèse Fortin et François Arnaud dans Les Grandes chaleurs, de Sophie Lorain

Pour sa première réalisation au cinéma, l'actrice et femme de télé Sophie Lorain a accepté d'enfourcher un poulain déjà en selle. À la demande des producteurs du film, le dramaturge Michel Marc Bouchard planchait depuis un bout de temps sur l'adaptation cinématographique de sa propre pièce, Les Grandes Chaleurs, conçue à Québec en 1991. Cherchant à sortir du huis clos pour faire émerger ses personnages, il a multiplié les cadres d'action, ouvert le jeu, développé les rapports entre les tourtereaux, sans parvenir à donner chair à sa galerie de portraits.

Les Grandes Chaleurs aborde les amours socialement décriées d'une travailleuse sociale quinquagénaire, au veuvage récent (Marie-Thérèse Fortin), et d'un jeune délinquant (François Arnaud, vu dans J'ai tué ma mère) autrefois sous sa garde. Autour de ce noyau, l'adultère du mari défunt avec la soeur de la veuve (Marie-Brassard) suscite ses propres revirements, cousus de gros fil.

Rares sont les films tournés dans la photogénique région de Québec et on se réjouit de voir celui-ci tirer parti des beautés architecturales et naturelles des lieux, d'autant plus que de nombreuses scènes sont tournées à l'extérieur en plein été. De fait, la lumière, les couleurs vives, les fleurs en bouquets, les commérages de petite ville sont au rendez-vous d'un film sans malice, qui s'agite en surface sans plonger, hélas, au coeur des émotions. Comédie romanesque visant d'abord à divertir, celle-ci paraît trop inoffensive pour remettre en question les inégalités entre hommes et femmes, un des buts parallèles du film.

Cet univers a mal vieilli. La pièce de Michel Marc Bouchard, au théâtre d'été, qui brisait au cours des années 90 des tabous de société, avait eu une portée autrement plus large. Le film manque à la fois de mordant et de finesse. Transposée au cinéma, cette romance trouve ses ressorts sur des gags convenus, édulcorés pour plaire à tous.

Les Grandes Chaleurs souffre d'une mise en scène très conventionnelle, sans caractère particulier. Il s'agit d'un premier long métrage pour Sophie Lorain, d'où certaines erreurs de débutante, mais même l'humour tombe à plat. Les acteurs principaux font ce qu'ils peuvent. Marie-Thérèse Fortin, en belle femme mûre, est chaleureuse et attirante, François Arnaud, séduisant et malicieux. Mais la chimie passe mal entre eux et leur passion peine à convaincre. Les figures secondaires sont dessinées à gros traits. Les jumeaux de Gisèle (François Létourneau et Véronique Beaudet), possèdent d'amusants profils hirsutes, mais mal développés. Marie Brassard, en ex-maîtresse du mari de sa soeur, est poussée à en faire des tonnes et surjoue. La caricature est également au rendez-vous du personnage de Laurent (Yvan Benoît), patron et soupirant de Gisèle, cantonné au burlesque et dont les crises de nerfs frôlent une douteuse hystérie.

Bref, sans le souffle comico-absurde qui fait mouche, on sort du film déçu.

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Les Grandes chaleurs

Réalisation: Sophie Lorain. Scénario: Michel Marc Bouchard. Avec Marie-Thérèse Fortin, François Arnaud, Marie Brassard, François Létourneau, Véronique Beaudet, Yvan Benoît, Jeff Boudreault. Maxime Dumontier. Image: Alexis Durand-Brault. Montage: Pierre Moffat. Musique: Dazmo.

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