Entretien avec le réalisateur Michel Hazanavicius et l'acteur Jean Dujardin - Au service du Président, et de la bêtise!

Jean Dujardin et Michel Hazanavicius lors de leur passage à Montréal, au début du mois.
Photo: Jacques Nadeau Jean Dujardin et Michel Hazanavicius lors de leur passage à Montréal, au début du mois.

Il affiche tous les défauts: antisémite, misogyne, nul en géopolitique et zéro en diplomatie. Pourtant, tout le monde craque pour le plus célèbre agent secret français, OSS 117, de son vrai nom Hubert Bonisseur de La Bath. Heureusement que son créateur, l'écrivain Jean Bruce, décédé en 1963, n'a rien vu de la transformation opérée par le réalisateur Michel Hazanavicius et l'acteur Jean Dujardin. Après le triomphe d'OSS 117: Le Caire nid d'espions (plus de deux millions d'entrées en France), pas question d'envoyer au chômage ce James Bond de pacotille.

Ils étaient de passage à Montréal la semaine dernière, fiers de défendre ce nouveau chapitre des aventures de l'espion qu'ils aiment tant, OSS 117: Rio ne répond plus. Après les années 1950 et le colonialisme français, ce second épisode, se déroulant 11 ans plus tard et à l'aube de Mai 68, plonge dans l'exotisme sud-américain, vaste cachette d'anciens nazis. L'arrivée de l'espiègle espion au Brésil ne passe pas inaperçue, autant chez ses ennemis qu'auprès des jolies filles, visiblement sorties d'une émission de Jeunesse d'aujourd'hui.

Le cinéaste ne se lasse pas des possibilités d'un tel univers, et surtout avec un héros aussi décalé. «On a trouvé un truc à la fois sophistiqué et complètement con, se réjouit Michel Hazanavicius. Par contre, être politiquement incorrect, ce n'est pas plus facile par la comédie. Il faut savoir rester chic malgré la peur de ne pas faire rire. C'est une question d'équilibre; ça commence à l'écriture et ça se termine au montage.»

Au-delà de la rigolade, l'univers visuel d'OSS 117 constitue pour le cinéaste un autre défi important, celui de capter cette fois l'essence du cinéma des années 1960. «En plus du décor et des costumes, je voulais reconstituer la lumière, le découpage technique, la machinerie, et même le phrasé des acteurs. Tout sauf le rythme: je m'adresse à des spectateurs d'aujourd'hui.» N'y a-t-il pas dans cette opulence une certaine nostalgie? «Oui, il y a un amour du cinéma de l'époque [celui d'Alfred Hitchcock et de Norman Jewison, avec The Thomas Crown Affair], face aux éclairages, à la mode vestimentaire, aux voitures, jamais conçus dans une optique d'efficacité mais d'élégance. Par contre, les années 1960, c'est aussi la bêtise sous toutes ses formes, et là-dessus, OSS 117 est caustique et moqueur.»

Jean Dujardin, qui n'a pas attendu ce savoureux personnage pour être aimé du grand public — c'est le «gars» de la version française de la série Un gars, une fille, et au cinéma on l'a vu dans Mariages!, Brice de Nice et 99 francs —, ajoute même l'adjectif «libérateur», constatant à quel point la France «a du mal à se regarder». Pareil pour des spectateurs «qui ne comprennent pas le deuxième degré du film en disant: "Qu'est-ce que vous avez fait d'OSS! Vous l'avez transformé!" Heureusement, sinon ça serait sinistre! Quand vous lisez les romans, ça vous tombe des mains.»

L'acteur apporte plus de précautions à la lecture des scénarios, nombreux, qu'il reçoit. «J'ai l'impression de n'avoir fait que dire non dans ce métier», affirme celui qui a accepté de tourner pour Nicole Garcia («Un défi nouveau pour moi») dans Un balcon sur la mer, aux côtés de Marie-Josée Croze. Et il peut exprimer ses réserves devant les pérégrinations d'OSS 117, comme cette idée, vite rejetée, de situer l'action en Israël, en pleine guerre des Six Jours. «Il y avait là quelque chose d'actuel et surtout de sérieux. Avec le Brésil, c'était plus exotique, plus près de la carte postale, tout en y ajoutant le Mossad et les nazis. Ce mélange donne un beau spectacle.»

Preuve qu'ils ne craignent pas de pousser très loin l'idée du mélange, Michel Hazanavicius rêvait d'une grande star pour interpréter le directeur des services secrets: l'ancien président Jacques Chirac! Le cinéaste a-t-il cru possible un tel casting? «Je l'ai longtemps espéré, dit-il sourire en coin. Je n'aime pas du tout l'homme politique, mais j'ai toujours pensé que ç'aurait été un acteur formidable. Je trouvais assez pervers l'idée de prendre Chirac pour en faire ce personnage de l'administration française qui était en fait un recyclage de la collaboration. Je ne suis même pas sûr qu'il ait lu le scénario. Mais il a dit non.» Heureusement que Jean Dujardin, lui, a dit oui.

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Collaborateur du Devoir

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OSS 117: Rio ne répond plus prendra l'affiche partout à travers le Québec à partir du vendredi 24 juillet.