Cruelle épreuve...

Meryl Streep affirmait récemment que la crise économique allait freiner l'accès à un plus grand nombre de mauvais films sur nos écrans, une prédiction secrètement ovationnée par les critiques de cinéma. N'en déplaise à l'actrice légendaire aux mille trophées et aux cent accents étrangers, sa vision ne résiste pas à la cruelle épreuve du réel et encore moins à la sortie de Imagine That, de Karey Kirkpatrick (Over the Hedge).

Les grimaces d'Eddie Murphy font-elles encore rire quelqu'un? La question est légitime devant cette comédie un brin réactionnaire, surtout à l'égard de toutes ces familles monoparentales qui peinent à joindre les deux bouts, et qui célèbre le pouvoir de l'imagination sans une once d'originalité ou de fantaisie. Dans le même registre et ciblant le même public blasé et repu, Bedtime Stories, d'Adam Shankman, affichait des ambitions dignes de Citizen Kane; c'est dire l'étendue du désastre.

Il y avait pourtant, dans Imagine That, un potentiel comique que les scénaristes Ed Solomon et Chris Matheson n'ont pu exploiter, sans doute victimes de la tyrannie d'une vedette sur le déclin. Car Murphy incarne ici un ambitieux conseiller financier — ce qui apparaît crédible, considérant l'avidité de celui qui aligne les navets — évoluant dans un milieu où les méthodes farfelues de profits rapides et de comptabilité créative abondent, comme chacun sait. À l'opposé de la manière, disons, chamanique d'un collègue aux dents longues (pathétique Thomas Haden Church), ce rapace cravaté s'en remet aux conseils économiques des amis imaginaires de sa fillette Olivia, qui se révèlent toujours être d'une grande justesse, et fort lucratifs. Le procédé aura pourtant ses limites pour ce papa de fin de semaine qui croyait avoir enfin conquis le coeur de cette enfant du divorce et des petites valises.

Pendant que Murphy s'époumone en de multiples simagrées, Karey Kirkpatrick se contente de les filmer comme s'il s'agissait d'une suite banale de numéros de stand-up, sous le regard ébahi de la toute jeune Yara Shahidi, dans ce qui ressemble au plus mauvais début de carrière d'une actrice, peu importe l'âge et le niveau d'expérience. Quant aux versions revisitées de quelques succès des Beatles qui tapissent la trame sonore, elles témoignent, si besoin est, du caractère parfois racoleur de l'entreprise, doublé d'une flagrante pauvreté d'idées, preuve irréfutable, et effroyable, de la présente crise économique.

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Collaborateur du Devoir

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Imagine That

(v.f. : Dans ses rêves!)

Réalisation: Karey Kirkpatrick. Scénario: Ed Solomon, Chris Matheson. Avec Eddie Murphy, Yara Shahidi, Thomas Haden Church. Image: John Lindley. Montage: David Moritz. Musique: Mark Mancina. États-Unis, 2009, 107 minutes.

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