Tout en surface

Premier long métrage du Français Fred Cavayé, Pour elle témoigne d'un malaise du cinéma français. Comment approcher le polar sans singer Hollywood, en gardant une épaisseur à l'entreprise? Force est de constater que le film peine à trouver une facture originale et demeure encaissé dans les poncifs du genre.

Le couple idyllique avec enfant blondinet et mignon est incarné par Vincent Lindon et Diane Kruger, dont la vie bascule quand la belle épouse se voit incarcérée pour l'assassinat de son patron, alors que tous les indices convergent vers elle. Idée originale: celle de transformer un enseignant pacifique en efficace gangster, histoire de faire évader l'épouse, après une erreur judiciaire, expliquée pesamment en flash-backs. Le mari se liera avec des malfrats du crime organisé, trop vite identifiés, afin de refaire sa vie familiale au soleil des tropiques en ne reculant devant rien, meurtre inclus.

Passons sur les incohérences du scénario: héros blessé à la jambe, qui ne boîte pas et semble miraculeusement guéri, évasion inexplicable d'une maison cernée par les flics, grève de l'insuline chez l'épouse diabétique soudain laissée en plan, etc. N'allons pas nous «enfarger» dans les fleurs du tapis... Elles sont trop nombreuses.

L'action est au rendez-vous, dans une démarche très télévisuelle: montage nerveux, réalisation trépidante, mais sans regard d'auteur ni traitement inspiré. Pour elle tente de s'ancrer dans une bulle familiale, avec les parents du mari, troublés, le petit garçon qui en veut à sa mère absente, etc., mais tout en traitement de surface.

Vincent Lindon garde son registre habituel: bon gars au sourire timide mais têtu, et sa transformation de doux prof en loup prêt à tout, logiquement porteuse de graves traumatismes, s'effectue sans douleur. Diane Kruger se réduit à sa joliesse, mal dirigée, trop lisse dans l'épreuve et déconnectée dans les moments angoissants entourant l'évasion. Les indices que le mari laisse derrière lui, dont les tableaux dessinés au mur, jeu de pistes offert en pâture aux policiers, relèvent de la sottise absolue (son personnage est en principe plus allumé), comme l'incompétence policière qui en tire à peine profit.

Les rôles secondaires apparaissent particulièrement fai-bles, pétris de clichés: Arabes en petites racailles, policiers vaillants mais incapables, etc. Le milieu criminel aurait mérité une plongée en eau trouble, mais le film, obsédé par l'action à tout prix, ne nous apprend rien de ses arcanes.

***

Pour elle

Réalisation et scénario: Fred Cavayé, d'après une idée de Guillaume Lemans. Avec Vincent Lindon, Diane Kruger, Lancelot Roch, Olivier Marchal, Hammou Graïa, Liliane Rovère, Olivier Perrier. Image: Alain Duplantier. Musique: Klaus Badelté. Montage: Benjamin Weill.

À voir en vidéo